Quand j'ai rencontré ma femme, en 2005 et qu'elle m'a dit venir d'Ouzbékistan, je lui ai dit : "Kekcékstrucla ?"

Ma femme m'a donc dit : "C'est un pays ! Tu as lu les 1001 nuits ?"

"Oui" lui ai-je répondu !

Elle - "Tu connais donc les noms de Samarcande et Boukhara..."
Moi - "Bah oui !"
Elle - "Ben c'est des villes ouzbek."
Moi - "Ahhh ! D'accord !" Et tout de suite, j'ai su à peu près où ça se trouve et j'ai su que c'est EN PLEIN sur la (fameuse) route de la soie.

Bon !

On sait déjà, à voir la carte que le dépaysement va être total. En fait, au départ le Kazakhstan, le Turkménistan, le Tadjikistan, l'Ouzbékistan et le Kirghizistan étaient un seul et même pays : le Turkistan. L'URSS est passé par là et a donné tous ces pays différents.

Pour info, il n'y a pas UNE route de la soie mais DES routes de la soie. C'est comme pour faire Perpignan - Lille : on peut passer par plein de routes différentes. La route qui passe par Almaty (Alma Ata - Kazakhstan), Bishkek (Kirghizstan), Tachkent et Samarcande (Ouzbékistan) et Ashgabat (Turkménistan) est une de ses ramifications.

Bref, maintenant que le décor est "planté", le voyage. Ça a très mal commencé... Moultes déconvenues ont repoussé le départ à Lundi...

18 décembre 2009

Lever 5h30, départ 6h30 pour un départ de train prévu à 8h40. Arrivé à la gare, on se retrouve face à un mouvement de grève ! A priori, notre TGV n'est pas concerné !...

Bon, cool !

A 8h20 : le TGV est annoncé avec 10 minutes de retard ! A 8h30 : le TGV est annoncé avec 30 minutes de retard ! A 8h40 : le TGV est annoncé avec 20 minutes de retard !

Et à 9h on embarque dans le train... Qui était à quai depuis plus d'une demi-heure !!!

Bref... Compte tenu du retard, et de l'heure d'arrivée prévue à 12:30, plus 20 minutes de retard, ça fait 12:50... Suffisamment tôt pour arriver avant la cloture de l'embarquement !...

Sauf qu'à Lyon on avait déjà 40 minutes de retard et qu'à Roissy... On frisait l'heure et demi... Embarquement clôturé ! Avion pas encore parti mais nous en rade !

3h plus tard on a payé : - 700 euros (toutes nos réserves plus 30 % du budget vacances) pour prendre l'avion lundi. - 130 euros pour 2 A/R Roissy-Caen-Roissy...

Mais au moins on savait comment faire et comment se "dénauffrager" !

On a patienté 2h30 dans le froid de la gare de Roissy !

Alors je dansais !!!

le TGV avait 20 minutes de retard a Roissy et est arrivé avec 1h30 de retard à Caen !

On est arrivé sous une tempête de neige énorme et bon Beau-Frère a été obligé de venir nous chercher là dessous !

A minuit 30 on était chez ma sœur : on a enfin pu manger un peu et se réchauffer !

Bon voila ! On est bien calés chez ma sœur, à Caen... Étape non prévue et finalement plus que bienvenue à l'issue d'une journée dantesque. On a tout le week end pour se "reposer" de ce voyage et recommencer Lundi...

21 décembre 2009

Je passe les détails du voyage qui se sont déroulés sans aucun problème ! Ça change ! Quand même, la veille au soir, on s'est aperçus qu'on était en surcharge ! Du coup, on a passé 3 heures a alléger les bagages... Dur dur, particulièrement pour David et Sandrine, qui outre nous avoir accueilli au pied levé, vont devoir se fader les affaires jusqu'à Marseille !

On décolle donc de Roissy le lundi 21 à 15h (avec une heure de retard sur l'horaire prévu, mais cette fois c'est le problème d'Air Baltic : on leur a (sur)payé des vols pour Tachkent et ils se démerdent comme ils veulent). Vol sans histoire, correspondance expresse à Riga (Lettonie - moins d'un quart d'heure) et re-décollage à 18h30 de Riga, direction Tachkent (le vol a une demi-heure de retard car ils nous ont "attendus").

5h30 plus tard, à 23h30 heure française, 3h30 du matin heure de Tachkent, on atterrit.

Ma femme me dit : "T'inquiète pas, les formalités d'entrée, ça peut être long". Elle a bien fait de me prévenir, ça a duré 1h30.

A 5h donc, on sort enfin de la zone d'entrée et je me retrouve avec mes beaux-frères (Xusan et Yusuf, que je ne connaissais pas encore "en vrai") qui me sautent dans les bras.

Premiers contact avec l'air de Tachkent et il pleut à verses. Après 2h dans l'ambiance surchauffée de l'aéroport, c'est un vrai bienfait parce qu'en plus, il fait chaud : au minimum 15°. Premier contact également avec les autochtones et on arrive au "taxi" loué par Xusan : c'est une Jiguli de 1978, voiture soviétique donc...

C'est assez confortable mais ça fait des bruits de partout, c'est usé et ça avance pas vite. Premières visions de Toshkent (Tachkent = Russe / Toshkent = Ouzbek ; Tosh = Pierre et Kent = Cité. Toshkent = Cité des pierres) de nuit. Pas très engageant parce que des flaques immenses partout - à la limite de petits étangs, routes défoncées et code de la route aléatoire. Ma femme m'avait prévenu : l'Ouzbékistan est un pays en voie de développement, un pays jeune qui-plus-est (acquisition de l'indépendance en 1991) et des problèmes énormes se posent encore. Quant à l'évacuation des eaux usées, Xusan qui est ingénieur en irrigation et a travaillé à l'entretien des égouts de la ville les juge beaucoup trop insuffisants...

Un truc me frappe quand même, et reste très marquant même aujourd'hui, c'est que l'architecture soviétique avait ça de bon que la ville n'est pas oppressante : larges avenues, de grands espaces entre les immeubles... Une certaine fluidité se dégage malgré les infrastructures imposantes. Autre truc frappant : Toshkent est une ville gigantesque. Le trajet a pris une demi heure dans une agglomération totalement citadine alors que nous n'avons pas vu beaucoup de feux et quasiment aucun véhicules.

On arrive. On se pose. Il est 6h du matin. On va se coucher : les prochains jours vont être chargés. Xusan doit se marier le 27 et on doit tout préparer. En m'endormant, je médite sur le fait que je ne vais peut être pas faire beaucoup de tourisme mais que voir de l'intérieur un mariage dans une culture totalement différente est une chance énorme finalement !

J'ai commencé à me demander si ce voyage n'aurait pas un côté "initiatique" et la suite me donnera raison.

22 décembre 2009

Pour être franc, on glande à l'appartement. Je plante vaguement le décor entre-aperçu la veille : cage d'escalier pas entretenue, pas décorée. Pas d'ascenseur (3e étage... Ça va). Façades défraichies et tombant morceaux. C'est un contraste très étrange avec l'intérieur de l'appartement qui est grand, beau, bien décoré avec beaucoup de goût, bien éclairé, chaleureux et très hospitalier. On a dormi à "l'Ouzbek" : sur des matelas posés à même le sol. C'est dur mais on s'y fait très vite et mon dos ne me fait pas souffrir comme chez moi, dans mon lit... Étrange.

Bref, la vue de la chambre est un vis à vis avec un autre immeuble... Comme toutes les pièces d'ailleurs. La lumière du 23 décembre n'est pas belle et donne un vrai sentiment de glauquitude à ces immeubles.

En fait, l'explication est simple : l'état Ouzbek doit normalement se charger des façades et parties communes, les proprio de l'intérieur. Mais comme (officiellement du moins) l'état n'a pas d'argent (les apparatchiks au pouvoir se chargent de le ponctionner), tout tombe. Les premiers malheureux sont les Ouzbeks eux même mais que peuvent-ils faire ?

2e choc ! Les conduites de gaz : elles sont aériennes et visibles. Je crois que c'est une des différence les plus majeures avec "l'occident" !


J'ai pris cette photo le 22 au soir. Bien qu'un peu floue et assez ratée, je trouve qu'elle montre bien le sentiment que je ressentais d'une part et qu'elle est, sinon belle, très forte d'autre part.

On a passé la journée du 22 à commencer à préparer le mariage (surtout ma femme), a se reposer et commencer à tout prévoir. Iroda, une des 3 sœurs de Yulduz (ma chère et tendre - Yulduz veut dire "étoile" en Ouzbek) s'est jointe à nous et Nadira (AKA Nochka), la 2e des 3 sœurs (handicapée suite à une grave maladie) est là aussi. Ce qui veut dire qu'il ne manque que Fatima, la 3e des 3 sœurs et jumelle de Xusan restée avec son mari à Séoul : elle n'avait pas les moyens pour revenir.

23 décembre 2009

C'est parti. On commence par la liste des courses, le tri des cadeaux à faire à la mariée, comment on va s'organiser. Je reviendrai plus tard sur le fonctionnement traditionnel d'un mariage à l'Ouzbek.

L'après midi, première sortie. Il faut aller acheter des friandises, des salades, des légumes, des fruits, des petits trucs à grignoter etc.

Xusan, Yul' et moi on part donc. On marche jusqu'à la sortie de la cité et on attrape un minibus (à mi-chemin entre l'autobus et le taxi-co qu'on peut voir dans les Dom-Tom par exemple) qui va nous amener en ville. Il fait beau et pas froid. J'en profite pour observer la ville et ses habitants, sans compter les autres passagers du bus. La conduite à l'Ouzbek, j'y reviendrai. Pour l'instant, j'ouvre mes mirettes et j'observe... Et je prends une grosse claque.

Tachkent est un mélange totalement inédit pour moi. La croisée tellurique de 3 cultures ancrées ; dont aucune ne veut céder aux autres. Tout d'abord, elle apparait comme une ville occidentale ! Pubs, voiture, agitation... Ensuite, on se rappelle que c'est une ville qui a été en grande partie modifiée et construite sous l'ère des Russes. L'architecture, l'urbanisme, le cyrillique partout ! Enfin, on s'aperçoit que la culture est et reste asiatique. Même les Russes habitant l'Ouzbékistan se sont très fortement "asiatiquisés" !

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Horloge de Toshkent. L'originale est celle de gauche, mais récemment, les autorité Oukbek en ont construit une deuxième, à l'identique, un peu plus loin !

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Square Amir (ou Emir) Temur, aussi appelé Tamerlan avec la statue du conquérant, très présent encore de nos jours dans la culture Ouzbek.

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Les rues de Tachkent.

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La grande mosquée de Tachkent.

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Un joli parc de Tachkent.

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Et une fontaine !

(Les 5 photos qui précèdent ont été glanées sur Internet, elle ne sont là que pour illustrer ce que j'ai vu et que je n'ai pas pris en photo).

L'impression d'aération que j'ai ressenti l'autre soir est toujours présente et encore renforcée par le temps magnifique. Après une petite vingtaine de minutes, on arrive à l'arrêt à côté du Marché. On descend. Mon sac à dos est vide et va servir de caddie.

Le marché est derrière la grande mosquée de Tachkent : première pose touriste ! Déjà qu'avec mes cheveux mi-longs, ma barbiche et mon sac à dos, je ne laisse pas beaucoup d'illusions ; là, c'est clair : y en a plus. Très joli édifice que cette mosquée. Pas très forte émotionnellement mais ça vaut quand même le coup d'oeil et quelques photos :



(Yulduz et moi sur les marches de la mosquée.)

A quelque 300 mètres derrière la mosquée, se trouve le marché dans lequel nous devons aller. Pour cela, nous traversons une espèce de rue piétonne ou sont juxtaposées des échoppes, pèle mêle, où on vend de la bouffe, des souvenirs et beaucoup d'autres choses. En passant par cette rue, je croyais que nous y étions déjà. Erreur.

Autre truc qu'on ne s'imagine pas en France, les changeurs de devises au noir. Les gens se substituent à l'état Ouzbek et aux banques en proposant de changer l'argent au noir. Encore une fois, l'explication est relativement simple : la dévaluation du soum (en cyrillique ; cўm) est telle que énormément de billets circulent mais ne rentrent pas dans les banques. A tel point que la notion de retrait d'argent ou de compte en banque est caduque puisque les banques ne peuvent pas fournir les billets demandés.

En plus, dans le sens Euro > Soum, il est plus intéressant de passer par un de ces "changeurs" à la sauvette. En effet, si au cours officiel 1 euro = 2500 soum, au marché noir, on touchera 2800 soum. Les "changeurs", probablement employés par une mafia quelconque, se rattrapent en gagnant de l'argent sur le change Euro > Dollar Américain ou Soum > Euro.

Donc, après cette rue on arrive en vue d'une coupole en "dur", de la taille d'un grand chapiteau de cirque. Le toit est en mosaïques de tuiles bleues. Je n'ai pas pris de photos de cette coupole parce que d'une part nous étions assez pressés et d'autre part, je pensais vraiment avoir le temps d'y revenir. C'est le marché ! C'est Chorsu Bozor, ou le bazar de Chorsu !

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Chorsu Bozor

En entrant sous cette coupole : quel bruit, quelles odeurs ! Imaginez-vous au cœur d'un hall d'une grande gare à l'heure d'affluence pour le bruit et la résonance.

Imaginez vous sur un marché exotique où les parfums d'épices les plus diverses et les plus raffinées se mélangent à l'odeur du pain en train de cuire (miam) et des brochettes de mouton à la braise (Chachliks - Mouton mariné dans du cumin, haché ou coupé en morceau, cuit en brochette et à manger avec de l'oignon cru et/ou une sauce tomate avec du basilic et des épice)...

Si vous arrivez à imaginer tous ces mélanges, alors vous aurez une vague idée de la réalité.

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L'intérieur de la Coupole ! Il manque les odeurs...

Nous avons fait nos courses (Xusan m'a payé un pain Ouzbek parce que l'odeur à l'entrée du marché m'a retourné l'estomac) et puis nous sommes repartis.
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(Les 4 photos qui précèdent ont été glanées sur Internet, elle ne sont là que pour illustrer ce que j'ai vu et que je n'ai pas pris en photo).

Xusan est parti de son côté car il devait allez voir le meuble commandé par sa future épouse. Yulduz et moi sommes retournés à la station des bus pour rentrer à l'appart' avec les courses (entre 25 et 40 kilos de fruits, légumes, noyaux d'abricot, noix, amandes, bonbons, caramels, pains, cacahouètes etc.)

A la station des bus, j'ai pu voir que certains Ouzbek, fortunés, ayant une certaine mégalomanie, n'hésitaient pas à se pavaner dans des limousines de luxe qu'on verrait plus facilement à Long Island ou sur Rodeo Drive.

Je juge peut être sévèrement cette attitude mais je pense aussi aux habitants des campagnes qui vivent dans un dénuement certain et je me dis aussi que l'occident ne montre pas on meilleur jour ici.

Enfin bref, retour à la maison tranquille, en m'imprégnant de tout ce que je peux voir par les fenêtre du bus.

24 décembre 2009

Journée "enfermé" à l'exception d'une petite excursion au marché du quartier, beaucoup pus ciblés fruits et légumes et beaucoup plus rustique avec Iroda et Yusuf. L'occasion de mieux voir les immeubles d'habitations et le quartier de ma belle famille : ce qui serait une infâme ZUP en France est un quartier middle class bien tranquille en Ouzbékistan... Ça remet pas mal de choses à leurs places tout ça.

Pour la petite histoire, Iroda me demande de ne pas être à côté d'elle pendant quelle négocie les prix parce qu'avec ma gueule d'européen, voire éventuellement de Russe (caste un peu plus bourgeoise en Ouzbékistan), les prix auraient un peu trop tendance à s'envoler si je restais dans les parages.

Il est temps de faire un petit point sur une notion qu'en France on ne comprend pas mais qui va être assimilée petit à petit avec l'Europe.

Quand on est Ouzbek, on est citoyen d'Ouzbékistan (on a un passeport Ouzbek). Mais cela ne veut pas dire qu'on est de nationalité Ouzbek. En fait, l'URSS a bien distingué les autochtones des colons. Ce qui veut dire que, si on est Russe, on est Ouzbek de nationalité Russe. Cet état de fait perdure aujourd'hui et dans les passeports, c'est bien précisé si on est Tadjik, Turkmène, Russe, Ouzbek ou autres.

La même chose risque de se produire en Europe le jour ou l'Europe fournira les passeports à ses ressortissants ! On sera de citoyenneté Européenne et de Nationalité Française. Ainsi, on pourra rencontrer, par exemple, un citoyen Européen, de Nationalité Française, travaillant en Allemagne.

Bref. Cette journée de "préparation" me permet d'en savoir un peu plus sur le déroulement du mariage ouzbek.

1) le gars et la fille se rencontrent 2) s'ils se plaisent, la famille du gars va demander la main de la fille à son père. 3) le père produit une liste de choses à fournir en dot (moutons, vêtements, objets divers et variés etc.) 4) la famille de la mariée a aussi des choses à offrir au marié (traditionnellement, la famille de l'un offre à l'autre des vêtements pour les 4 saisons à venir). 5) le marié va chercher la mariée chez ses parents : première fête. 6) il la ramène chez lui : sacrement du mariage (Nikoh : acte de foi du marié signifiant qu'il ne reconnait qu'Allah comme dieu et engagement de Lui de prendre la mariée pour épouse) et fête.

Et puis voila.

Ça a l'air simple comme ça, mais ça tourne souvent à la discussion de marchand de tapis. Le 24, les étapes 1 et 2 ont été franchies. Les étapes 3 et 4 sont en cours avec la constitution du trousseau de Nilufar (la promise de Xusan).

25 décembre 2009

On doit partir chercher Nilufar chez ses parents, dans la région de Kashkadarya (région natale de mon épouse), à une centaine de kilomètres de Samarcande et à 450 kilomètres de Tachkent...

Mais comme il s'agit d'un mariage, on ne part pas comme ça tout simplement. Il y a des rites à accomplir, du coup on se lève tôt.

Pendant que les femmes (Iroda, Yulduz, des voisines, Nadira) préparent le pilaf (plov : plat traditionnel ouzbek composé de riz, de mouton, de légumes et d'épices, le tout accompagné par une ou des salades - c'est vachement bon), Xusan et Yusuf partent sur la tombe de leur mère, morte trop jeune en 2007 dans des circonstances atroces.

Je les accompagne.

En France, je ne vais pas sur les tombes de mes chers disparus car je préfère garder l'image d'eux dans mon cœur plutôt que m'adresser à une pierre froide. J'ai toujours pensé que la vie après la mort, c'est celle qui est dans le cœur des gens qui vous aiment. C'est pour ça qu'il faut essayer d'être un homme de bien, car plus les gens vous aiment, plus vous survivrez à la mort.

Pour Zaynab, ma belle mère, c'est un peu différent. Comme je n'ai pas eu la chance de la connaître, j'avais besoin de matérialiser quelque chose d'elle afin de pouvoir m'adresser à elle.

Le temps est froid, brumeux. Il est 7h du matin et il fait à demi jour. On prend un taxi et 10 minutes après, on arrive. Le silence est total dans le cimetière. L'ambiance est parfaite pour le recueillement et même le temps s'est mis en rapport avec l'émotion qui m'étreint déjà.

On arrive sur la tombe. Xusan et Yusuf récitent une sourate du Coran. Je suis non musulman, non croyant même mais je les accompagne en gestes et avec mes pensées. Au bout de quelque minutes, ils ont fini. J'avais des choses à lui dire mais j'ai été incapable de les lui dire. Finalement, quelques mots, les plus importants, ont fini par sortir. J'ai craqué. Je regrette tellement de ne pas l'avoir connu... Ses enfants, ma femme, ses frères et sœurs sont tous des gens exceptionnels.

Je ne l'ai pas connue mais je connais sa vie, ce qu'elle a vécu et comment elle est morte. Je sais donc que c'était une femme encore plus exceptionnelle qu'eux.

A Zaynab.

On rentre, pas un mot dans le taxi au retour. Nous sommes tous les trois perdus dans nos pensées. Le chauffeur de taxi essaye de parler mais comprend vite qu'on ne veut pas disserter et ne dit plus un mot.

Merci à lui.

On arrive en bas de l'immeuble, quasiment pas un mot n'est échangé... Que dire ?

Une fois passé le seuil de l'appartement et nous sommes pris dans le tourbillon des préparatifs. En un quart d'heure nos humeurs reviennent au beau fixe tellement il y a de choses à faire.

(Iroda en train de courir pour tout mettre en place)


(Un plan d'ensemble de la table - la cadrage est un peu bizarre mais je manquais de recul)

Les voisins, amis, chauffeurs, Cherali (le mari d'Iroda) et l'Imam arrivent vers 10h. Comme traditionnellement le marié doit aller chercher la mariée, le voyage doit être béni par l'Imam, d'où sa présence. Nous passons à table.

Arrosé par du thé (quasiment la seule chose que je bois depuis que je suis arrivé), le pilaf est excellent. Accompagné de salade et suivi de noix, amandes, noyaux d'abricot et autres bonbons, je me casse littéralement le ventre à 10h du matin. Ça c'est exotique. En même temps, le voyage va me creuser et il est quasiment impossible d'emmener de la bouffe.

Après une dernière bénédiction, l'imam marque l'heure du départ en se levant pour lui même partir ailleurs.

Nous somme 5 de la famille à partir (Xusan, Yusuf, Yulduz, Cherali et moi) plus Burkhan, le meilleur ami de Xusan (son témoin) et les chauffeurs, ça fait 2 voitures : des Daewoo Nexia. Daewoo/Chevrolet est très présent en Ouzbékistan car il y a une usine. Du coup, ce ne sont pas des voitures d'importation. Du coup elles ne sont pas soumises aux taxes d'importation (100% - le pays est très protectionniste) et les gens peuvent plus facilement les acheter... Plus facilement que les voitures étrangères en tout cas. C'est aussi une des raisons pour lesquelles on voit encore tellement de voitures de l'ère soviétique (Jiguli ou Lada - la voiture des prolo, Volga - berline russe très confortable ; certaines sont très récentes et n'ont rien à envier aux Béhème et autres Merco, et autant de Kamaz et autres vieux camions de l'ère soviétique)... Les nouveaux riches et autres apparatchiks, eux, préfèrent se payer des SUV, des grosse berlines européennes, bien voyantes et bien chères...

On est donc séparés en 2 voitures. Dans la première : le chauffeur - Bakhadir, Xusan, Cherali (qui paye le transport) et Burkhan... J’apprendrai à découvrir le loustic qui dans le genre déconne, n’est pas le plus mauvais ! Dans la deuxième : Yulduz, Yusuf, moi et le frère d’Ulugbek (le 2e chauffeur).

Plus haut, j'ai dit que je reviendrai sur la conduite Ouzbek... Ce moment est arrivé !

Pour commencer, le moyen de communication principal, c’est le klaxon. On klaxonne d’abord, on réfléchit après… Quand on réfléchit.

Les ceintures de sécurité, c’est en option (et vraiment en option : à l’arrière, il n’y en a pas et à l’avant, elle n’est obligatoire que pour le conducteur… Qui la met donc au moment des contrôles) !

Ensuite : principe élémentaire de la conduite Ouzbek, je passe. Quelqu’un se décale pour éviter un nid de poule (tiens, j’y reviendrai là-dessus) : je klaxonne, je passe. Je crains que quelqu’un à 100 mètres devant moi ne se décale : je klaxonne, je passe. Je croise quelqu’un qui klaxonne : je klaxonne et je passe… C’est pas fini !

Deuxième principe élémentaire de la conduite Ouzbek : je roule le plus à gauche possible. Les lignes blanches ne sont là que pour décorer la route et il n’est pas rare de voir trois voitures (dont un camion ou une charrette tirée par un âne) de front sur une 2 voie (une voie et demi serait plus juste d’ailleurs).

Enfin, troisième principe élémentaire de la conduite Ouzbek : je mets le pied sur l’accélérateur et je ne l’enlève que si vraiment c’est nécessaire (changement de vitesse, ou, plus rarement, freinage).

450 kilomètres comme ça ?!!!... Ça va être long je sens ! Surtout que les voitures sont, je le rappelle, des Daewoo Nexia (autrement appelés « boite-de-conserve-sur-roue »).

Sans parler des routes : pour résumer, imaginons une autoroute française, une deux fois deux voies sur laquelle on croise (dans le désordre) : - des camions et des voitures de l’ère soviétique.
- des charrettes.
- des piétons.
- Des vendeurs de fruits à la sauvette.
- Des animaux (photos à l’appui).
(Au passage, celle là, elle allait chier une bouse).


- Des bus européens fourgués (à vil prix j’imagine) aux Ouzbeks.

De plus, au moins une des voies de ces autoroutes est saturées de pièces de bitume mal posé (effet bouchon garanti à la première pluie), de nids de poules souvent de plus de 50 centimètres de large, de la poussière et/ou de la terre, des cailloux et tout autre objet contondant apte à bousiller n’importe quelle voiture)… Et là-dessus, on applique les principes de conduite ouzbek en roulant à 110 / 120 (et plus si affinité).

J’oubliais, et je terminerai là-dessus, il est tout à fait possible (il y a même des panneaux signalant les endroits où on peut le faire) de faire demi tour : on se met sur la voie de gauche (vous savez, celle où les plus gros flots de circulation se trouvent), on met son clignotant (quand on y pense ou quand il marche) et on attend un trou pour traverser la voie de gauche en face… Je ne l’ai pas vu faire (peut être qu’il y a des limites à l’inconscience) mais je sais que, de nuit, j’ai vu un bus perpendiculaire à la route, en train de traverser alors qu’on arrivait à 130… On a également croisé des voitures roulant à contre sens… Ça n’a pas eu l’air de choquer grand monde : c’était juste rigolo !

Un petit truc qui choque aussi l’occidental que je suis, entre chaque région, il y a des postes de contrôle, en entrée et en sortie ! Sensément, les gugusses doivent contrôler mais je me demande vraiment à quoi ça sert ! La plupart du temps, ça ralenti ; les gardes regardent à peine la voiture et on repart !

Bref ; à 16h on quittait l’autoroute ! Ouf : c’est pas que les routes soient meilleures (quoique, si, quand même), mais c’est surtout qu’on va moins vite (enfin quand c’est pas possible de maintenir la vitesse) !

A 16h30 on fait une pause en bas d’un col à 70 km de Samarkand, le temps de prendre quelque photos.



(Yulduz et moi - devant un Kamaz - et Burkhan au téléphone)

A 17h on fait une autre pause en haut du col dans la région de Samarcande.


(de Gauche à Droite : Yusuf, Xusan, Yulduz, Burkhan, Cherali, Bakhadir)


(Xusan et moi)


(mon épouse, Cherali et Bakhadir)

A 17h30, on fait une pause bouffe en extérieur dans les montagnes : c’est étrange, féerique et très fort. Un repas, un jour de noël (qui n’a aucune valeur pour les Ouzbek) dans les montagnes Ouzbek est un point très fort du voyage. Organisé par Cherali, cet arrêt nous permet de déguster un plat de mouton cuit dans son gras (excellent) avec du thé et des légumes. Bien que relativement courte, cette pause me permet de voir beaucoup du tempérament Ouzbek : sauvage, accueillant, docile et rebelle en même temps. D’autre part, la convivialité est un maître mot chez les Ouzbeks. Je n'ai malheureusement pas de photos de cette pause là... Juste une vidéo que vous verrez un jour... Quand j'aurai réussi a faire un montage :P

A 18h30 on arrive chez l’oncle (je passe les détail des dépassement de nuit en plein virage sans visibilité à des vitesses élevées, tout en évitant le cycliste qui arrive en face).

Je le sentais : l’oncle et la tante, qui sont des gens adorables mais pauvres, ont mis les petits plats dans les grands et ont préparé un repas pantagruélique !... Et on a plus faim ! Et comme ils ont tout préparé, on ne peut pas ne pas manger des entrées, des légumes (mmmhhhh le radis vert qui fait péter : comme c’est trop bon !) et le Pilaf (n°2). Petits détails qui ont leur importance : 1) y a pas de chauffage (c’est pas qu’il fasse très froid –entre 0 et 5°- mais on se gèle quand même un peu. 2) Y a pas d’eau courante (et y a la cabane au fond du jardin – je pourrai donc dire que j’ai connu ça au moins une fois dans ma vie).
(L'oncle de ma femme)


(Son épouse)


(Xusan, Yulduz, leur Oncle, moi, Burkhan... Ça se voit qu'il fait froid ! Non ?)

On mange, on regarde la télé (les fils de l’oncle lui ont payé un groupe électrogène – un litre pour trois heures d’électricité – et donc, l’oncle est un privilégié par rapport au reste du village) et on se couche. L’oncle m’a traqué toute la soirée pour que je boive des degrés (traduction : de la vodka) et n’ayant pas réussi à m’avoir, il me la promet pour le lendemain !

Il fait froid mais ils sont bien équipés et en quelques minutes, la couette se réchauffe et je sombre dans une douce torpeur vers 10h15…

D’habitude, quand je pisse avant de me coucher, je dors d’une traite jusqu’au bout de la nuit ! Mais là non ! A une heure du matin, je suis réveillé par une envie de pisser intenable… Et là, je me congratule tout seul d’avoir pensé avoir froid et d’avoir gardé mes vêtements sur moi !

Bref, ça s’est bien passé et je me suis rendormi et cette fois, j’ai pas eu d’autre alerte !

26 décembre 2009

Au petit matin, à 5h30 : je me réveille comme une fleur. Bah oui ! Couché à 10h, j'ai mes 7 heures de sommeil et je suis en pleine forme... surtout que, contrairement à ma femme, j'ai bien et beaucoup dormi les jours précédents.

Je m'étire, m'extirpe de la couette et me rend compte que les 3 autres sont aussi en train d'émerger. Dehors, il fait nuit noire. Je me demande comment je vais faire ma toilette (au moins le minimum syndical) et puis je me dis que les Ouzbeks, qui sont gens très propres (pour leur intérieur et pour eux même tout du moins), le font très bien chaque jour... On va donc s'adapter !

Après le petit tour dans la cabane au fond du jardin, je croise l'oncle qui me salue. Yusuf est au dessus d'un petit lavabo, en plein air, un petit peu à l'écart, en train de se laver les dents.

OK ! Donc, c'est là. Il fait (au plus chaud de l'évaluation) 5 degrés... Outch !

Bon, Yusuf termine. Je vais prendre ma serviette et mes affaires et fais la queue derrière lui. J'ai sur moi : - ma parka.
- une polaire.
- un T shirt à manches longue.
- un tricot de corps.

Pas le choix : il faut que je me change un minimum (au moins le tricot et le boxer). Pour le boxer, j'attendrai d'être à l'intérieur. Pour le tricot... Ben autant le changer tout de suite.

La bru sort alors et remplit un récipient d'eau chaude. OK ! C'est le signal, c'est mon tour.

Je me mets torse nu et je fais mes ablutions matinales ! A défaut de douche, les aisselles, le torse, le visage ! Je dégrafe même mon jean et me lave intimement. Putain, ce qu'il fait froid. Mais bizarrement, je ne sais pas si c'est l'ambiance ou la situation, si c'est mon corps qui s'est résigné ou si l'eau est à la température idéale, mais en tout cas, si je sens bien le froid, il ne me mord pas... A peine quelque mordillements.

Quelque minutes après, je suis rhabillé et je me sens relativement propre. Je me coiffe, je me lave les dents et voila... C'est fini !

Je rentre et veux me changer : re-outch ! Pendant les 10 minutes de mon absence, ils ont tout plié et réinstallé la table... Bon, je vais garder mon caleçon sur moi alors !

Sur la table : les mêmes choses que la veille ! La salade, le reste de pilaf et un poulet égorgé et plumé du matin. Sans parler du thé et du pain chaud, ou encore du beurre maison et du pain.

A 7h, tout le monde passe à table... Et encore un p'tit déj' de ouf. Ulugbek, Bakhadir et Cherali arrivent sur ces entrefaites ! le temps de prendre un thé et on plie tout.

Yusuf, Xusan, Yulduz et moi partons avec Ulugbek, en voiture, pour aller voir la grand mère de Yulduz et ses frères. C'est une vieille dame de 87 ans, incapable de marcher, qui vit de l'autre côté du village.

Nous arrivons devant une maison. Nous entrons dans le jardin. Traversons un potager plus ou moins en sommeil et nous dirigeons vers une...

Cabane ?

Cahute ?

Je ne sais pas quel mot employer. Je crois que nous, européens bourgeois et avides de leur confort, ne pouvons pas imaginer ça avant le voir "en vrai". J'ai pris conscience que voir le tiers-monde à la télé et le voir en vrai, ce n'est pas la même chose

La "maison" fait 6 mètres de long sur 3 de large. A la gauche, une entrée faisant penser à une espèce de patio avec auvent. Sous ce auvent, et se dirigeant vers l'intérieur de la maison, une pièce protégée par le mur extérieur mais ouverte, sert d'entrée et d'endroit où on laisse les chaussures (Chez les Ouzbeks, quoi qu'il arrive, on se déchausse à l'entrée d'une maison ou d'un appartement. Ça sert à ne pas mettre de poussière et de saletés à l'intérieur de la maison, mais également, à marquer l'accueil et la bienvenue chez soi - ce dernier point est une interprétation que je fais sans être sur du bien fondé).

Au fond, une porte mal jointive et gauchie. Nous entrons dans une pièce de 4 mètres sur 3. Tout de suite à gauche, à l'angle du mur de la porte et du mur du fond, un poêle à bois qui ne semble pas être en excellent état. A côté, une simple couche sur laquelle est allongée la vieille dame, quasiment à même le sol. Il fait froid, ce n'est pas chauffé, il n'y a pas d'eau et pas d'électricité.

Yulduz, Xusan et Yusuf réveillent la vieille dame. Elle ne savait pas qu'elle allait recevoir la visite de ses petits enfants ! Les garçons l'aident à se relever et la "conversation" s'engage.

Elle nous dit clairement que chaque jour, elle demande à Allah de la reprendre à ses côtés, mais qu'aujourd'hui et demain, Xusan se mariant, elle va lui demander 2 jours de plus... Pour "assister" au mariage de Xusan.

Ensuite, elle me remercie d'être enfin venu la voir : je suis honteux et au bord des larmes (même maintenant que j'écris ces mot, j'ai une hémorragie oculaire prête à exploser, rien que d'y repenser). Je ne sais que répondre : quand je vois ce qu'elle supporte, à presque 90 ans, sans se plaindre, j'ai peur de la souiller de ma présence (avec mes vêtements, mon fric, mes voyages, mes trucs et mes bidules superficiel d'occidental de merde. Les mots sont durs, et en m'insultant j'ai conscience de vous insulter également - et je vous présente mes plus sincères excuses pour ça, mais voir le tiers-monde de ses propres yeux, ça remet beaucoup de choses à leurs places ça aussi).

Le temps de prendre une vidéo, quelque photos, et nous nous en allons.

Nous prenons congé et repartons pour rentrer chez l'oncle.

Précisions : il est évident que les conditions de vie de cette vieille dame sont, à mes yeux, à nos yeux, indignes. Aux yeux de Yulduz, elles le sont également, d'autant plus que ses fils ne s'occupent pas d'elle correctement et ils ne viennent même pas forcément la voir. A tout le moins, elle est maltraitée par négligence. Tout ça est évident.

Yulduz a essayé de trouver des solutions ; elle est venue la chercher en avril, pour qu'elle habite à Tachkent chez mes beaux-frères. Nous nous disons que c'est ce qu'il y avait de mieux à faire et c'est vrai de notre point de vue d'occidentaux (c'est également vrai pour ma femme d'ailleurs).

Maintenant, ce n'est pas aussi simple ! A Tachkent, malgré le confort de l'appartement, elle n'était pas heureuse et se sentait être une charge. De plus, ses fils, son village, sa "vie" lui manquait.

Alors que faire ? Aller contre sa volonté (et je vous garantis que si son corps est usé, son esprit est tout à fait clair et sagace) et la maintenir malgré elle dans un appartement où elle ne se sent pas bien ? Yulduz en avait discuté avec sa famille et moi en septembre 2009 et nous sommes tous arrivés à la même conclusion : ce serait également une forme de maltraitance.

Le problème est très épineux moralement mais ils ont décidé de la ramener. Aujourd'hui, après avoir vu ses conditions de vie, je ne sais plus. Au départ, je pensais la meilleure décision possible avait été prise. Aujourd'hui, je crois que la moins pire de toutes a été prise.

Ceci dit, en repartant, j'ai dit à ma femme qu'il fallait qu'elle meure, sereinement, dans son sommeil, mais qu'elle cesse de souffrir... Quoi qu'il arrive, que ça s'arrête.

Le changement de voyage touristique et familial en voyage initiatique, ce que j'avais ressenti quelque jours plus tôt, semble en tout cas se confirmer.

Une fois rentré, l'heure est venue pour Xusan de se préparer. Je ne sais pas si vous l'avez remarqué sur les photos, mais les Ouzbeks, outre leur propreté irréprochable, sont des gens très soucieux de leur apparence et s'habillent, pour les hommes en tout cas, de manière occidentale très classique.

Xusan sort donc son costume de l'étui et commence à se préparer. Burkhan, Yusuf et moi l'aidons. Je me dis que peut être je vais pouvoir changer de boxer... Non ? Bon, tant pis alors !... Je vais pas en mourir !

N'ayant pas d'effets "classiques", j'ai l'air d'être un clochard à côté d'eux ; mais ça n'a pas l'air de les gêner.

Xusan, très "smart" dans son costume on ne peut plus classique se rend soudain compte qu'il a zappé le bouquet de la mariée... Oh damned. En Ouzbékistan, c'est le marié qui offre son bouquet à la mariée. Dans l'agitation des préparatifs, rendus encore plus complexes par notre arrivée tardive à Yulduz et moi, le bouquet a été oublié ! C'est tellement évident qu'il a été zappé !

Cherali et Ulugbek partent en urgence à la ville voisine pour en trouver un. Je n'ose pas imaginer à quelle vitesse Ulugbek a conduit car en une demi-heure, les voila revenus avec un très beau bouquet.

Ouf.

Pas de temps à perdre cependant : nous étions en avance mais du coup, nous sommes en retard.

Pour faire simple : il est 9h40 et nous devons nous rendre dans un village à une trentaine de kilomètres de là et y être pour 10h...

Xusan, Burkhan et Cherali montent dans la voiture d'Ulugbek et partent.

Immédiatement après, Yusuf, Yulduz, leur tante et moi montons dans la voiture de Bakhadir. Et à peine partis, j'apprends qu'un minibus doit prendre toute la smala de l'oncle (ses brus, petits enfants et lui même) pour assister au mariage !

Petite précision : traditionnellement, en Ouzbékistan, la mariée quitte sa famille et va habiter avec son mari chez les parents de celui ci. La belle mère reste alors la maîtresse de maison, mais la bru se retrouve a devoir gérer toutes les tâches ménagères du quotidien, y compris quand son mari part pour travailler loin. Généralement, ça se passe plutôt bien et la vie en bonne entente se fait, mais on peut imaginer la vie d'une jeune fille qui tombe "mal".

En outre, tous les mariages ne sont pas arrangés, loin s'en faut et il est bon de s'enlever ce "cliché" de la tête, mais ceci dit, les mariages arrangés sont toujours une réalité qui existe, particulièrement dans les régions profondes et traditionalistes. Donc, les cousins de ma femme sont à Tachkent ; ses brus sont restées chez lui, c'est normal.

Bref, Bakhadir roule vite, très vite ! 140 sur une route large et en bon état, certes, mais ouverte aux croisements. Nous rattrapons la voiture d'Ulugbek et nous roulons en convois.

Au bout d'un moment de route (dans des paysages à mi-chemin du très campagnard et du désertique), nous arrivons dans un village. Le temps de retrouver une autre partie de la famille, le minibus arrive et nous repartons immédiatement.

10 minutes après, nous arrivons enfin chez les parents de la mariée.

Un groupe de musicien locaux commence à jouer sur des instruments traditionnels, un air très dissonant pour des oreilles occidentales (il ne faut pas oublier qu'entre l'occident, l'orient et bien d'autres cultures, les règles musicales, tant au niveau rythmique qu'harmonique, ne sont pas les mêmes. Ce qui nous parait dissonant est beau pour eux et vice-versa).

Les amis et la famille de la mariée, plus la notre, plus les voisins et passants, attirés par la musique, se pressent à l'intérieur du jardin... Sans grand intérêt ceci dit !

Puis, certaines personnes, sélectionnés par les familles, et dont je fais partie, sont invités à entrer dans une pièce. A l'intérieur de celle ci : une table, garnie.

Xusan est debout au fond de la pièce. Certain de ses amis nous ont rejoint. Au final, une quinzaine de personnes sont dans la pièce. Une femme entre alors avec une théière et sert chacun des hommes. A la couleur, ce n'est pas du thé. Les bénédictions ouzbek traditionnelles se passent et on boit ce liquide : c'est une décoction d'eau sucrée et aromatisée, très douce au palais et très bonne. La femme s'adresse à Xusan et à nous autres. Yulduz me traduit : "Que votre vie soit aussi sucrée et douce que cette boisson".

L'instant est un parfait mélange de convivialité et de solennité, mais il est court. Au bout d'un quart d'heure à peine, nous sortons. Pour un problème de convoyage, je suis "contraint" de partir directement au restaurant avec Bakhadir, Cherali et deux autres personnes que je ne connais pas.

Je ne sais pas exactement ce qu'il s'est passé dans la maison à ce moment là, ni pourquoi ou comment mais j'ai des photos prises par Yulduz.



(Cette position est une position de salut : dès que la mariée voit une nouvelle personne ou un groupe de personne, elle s'arrête en tenant son voile de cette manière et salut en se courbant vers l'avant).





Pendant ce temps là, au restaurant qui s'appelle (ça ne s'invente pas) Le Versaille (mais écrit en cyrillique), je patientais avec les oncles et un cousin de ma femme et 2 ou 3 autres personnes. Tout le monde voulait des photos avec moi, non pas parce que je suis une star, mais plutôt parce que chez les Ouzbek, avoir un étranger dans les invités du mariage, occidental qui plus est, est plutôt bien et donc, tout le monde voulait garder une trace de ça !

Encore une fois, c'est une des multiples facettes des Ouzbek, qui même s'ils n'ont qu'un morceau de pain et un bol de riz, seront heureux de le partager avec vous. Donc, un mariage...
(Cherali, sa famille et moi)

Une demi heure après, les mariés arrivaient... La salle, très occidentale dans la déco (tons pastels, grandes baies avec rideaux blancs... Une salle de mariage comme il y en 397 832 en France -Je suis marseillais quand même : l'exagération fait partie de moi).

Il faut vous imaginer le délire : il est 10h45 du matin, on ne se gèle pas vraiment mais il fait quand même pas bien chaud, je suis dans une salle de mariage pouvant contenir (à l'aise) 200 personnes, autour de moi les gens parlent une langue que je ne connais pas et je vais faire une soirée de mariage en milieu de matinée.

L'arrivée des mariés est signalée par la reprise de la musique par le groupe de musiciens : il n'y a rien à faire, ce n'est pas mon délire auditif mais je crois que mon oreille commence à s'y habituer parce que j'arrive à déterminer un schéma directeur, un ou plusieurs gimmicks et des variations sur un même thème : en clair, je ne comprends pas cette langue musicale là parce que très différente de celle que culturellement je connais, mais je crois que si j'habitais suffisamment longtemps en Ouzbékistan, j'arriverais à percer ce "code"... C'est peut être cette facilité à comprendre la "Musique" (avec un grand M) qui fait de moi un musicien, avant de savoir jouer de tel ou tel instrument et avant de connaître les notes.

Encore une fois, le voyage me parait de plus en plus initiatique car il me livre des clés sur moi même, que ce soit par le biais de mes réflexions ou par le biais des explications et corrections que m'apporte Yulduz.

Xusan et Nilufar entrent, accompagnés par leurs "cortège". La mariée salut toutes les tables, d'une manière extrêmement protocolaire ; Xusan est à côté d'elle. Après avoir salué l'ensemble des convives, les mariés gagnent la table d'honneur, qui est sur un podium et domine de sa hauteur l'ensemble de la salle, avec la piste de danse au milieu.

(La piste de danse vue de la table des mariées)

Le repas commence, en musique avec un artiste qui interprète des airs connus, sur fond de bande sonore. La sono crache les décibels, sature et le son est pourri. Même en faisant abstraction des chansons qui ne me touchent pas réellement parce que je ne connais pas leurs "codes", c'est dur !

Explication : les artistes font une grande partie de leurs cachets sur les mariages. Donc plus on les entend de loin, plus ça permet de juger de leur talent et donc, de se faire de la pub. Les Ouzbeks ne semblent pas incommodés mais je le suis. Puis je me fais la réflexion "Et si eux écoutaient au même volume du Maiden, du Manowar ou du Priest, du Metallica ou du Sépultura, du Children Of Bodom ou du In Flames, ils auraient peut être la même réaction".

Ce n'est pas tout à fait pareil parce que, par exemple, Linkin Park ou Rammstein sont des groupes populaires en terre Ouzbek, à Toshkent en tout cas. Donc eux sont certainement plus ouverts plus habitués à "notre" musique que nous ne sommes à la "leur".

Après les entrées (salades, raviolis frits et autres amuse-bouches), le pilaf arrive... Bon, c'est le 3e en 2 jours. C'est toujours super bon mais ça commence à faire beaucoup, particulièrement pour mes tripes occidentales sur lesquelles cet "abus" commence a avoir un effet indésirable.

Après le pilaf, comme en occident, c'est la danse. Les rythmes et la musique ne sont certes pas les même, mais je retrouve beaucoup des codes occidentaux. Je ne peux m'empêcher d'être un peu déçu d'ailleurs parce que si faire une fête de mariage en milieu/fin de matinée est assez exotique, pour le reste, j'ai l'impression que le marketing occidental a fait beaucoup de mal à la culture Ouzbek.

Je suis très critique sur certains aspects de cette culture (à tel point que ma femme m'a dit que je suis et reste un français arrogant - ce qui est d'ailleurs sociologiquement super intéressant, j'y reviendrai) mais il y a aussi tellement de beauté dans cette culture : les costumes traditionnels, les décorations intérieures, l'accueil et l'hospitalité des Ouzbeks (peut être le peuple le plus accueillant que j'ai connu à ce jour), la cuisine et l'Histoire avec un grand "H" que je suis certain que l'occidentalisation à outrance est une mauvaise chose.
(Xusan et Nilufar, dans une photo qui n'est pas très bonne mais que j'aime beaucoup quand même)

Pour ce qui est de la remarque de ma femme, c'est super intéressant parce que ça veut dire que si, moi qui ai été capable d'aimer et de me marier avec une musulmane ; qui visite son pays et ne veut absolument pas la blesser sur sa culture, d'aucune manière que ce soit ; qui essaye d'être le plus "ouvert" possible quant à la perception de l'autre par le biais d'une culture et d'une éducation différente (ne serait ce que pour que mon couple vive et survive - vivre avec quelqu'un d'une autre culture, c'est très complexe à gérer, croyez moi), et donc doit être, selon les standards européens, beaucoup plus ouvert que la moyenne des gens, si moi je suis perçu comme un "Français arrogant", ça en dit long sur le degré de "fermeture" auquel nous sommes arrivés.

Petite anecdote, et je conclurai la dessus : l'oncle a encore essayé de me faire prendre "des degrés" pendant toutes la "soirée" : raté ! Je suis resté sobre comme un chameau dans le désert !

Vers midi et demi, après repas, danses (Burkhan est un remarquable danseur), photos avec les mariés, discours de félicitation (je voyais le moment venir où on me demanderait de dire quelque mots mais j'y ai échappé :lol:) par les proches, les mariés quittent la salle. dans une haie d'honneur improvisée.


Ils montent avec Burkhan dans la voiture d'Ulugbek et se dirigent en direction de la maison des parents de Nilufar. Le but de cette étape est de satisfaire aux coutumes de la région. En effet, le mariage n'est pas encore officiel mais pour les proches de Nilufar qui ne pourront pas assister au vrai mariage religieux à Tachkent, les coutumes doivent quand même être respectées.

Arrivés dans la maison, une longue attente, relativement stérile, commence. Petit manque d'organisation ou panique et incompréhension, on entre dans la même pièce que tout à l'heure, puis on en ressort et on attend dans la cour de la maison. Cela me permet de lier connaissance avec un ami de la famille, prof d'allemand de son état.

Je ne suis pas bon du tout en allemand, mais lui ne parlant ni français, ni anglais, il faut bien que je m'y remette. Bon, en baragouinant les 3 mots qu'il me reste, je me rends compte que je ne suis pas aussi mauvais que je pouvais m'y attendre ! C'est quand même pas brillant, mais ça a l'avantage de m'occuper.

Tout d'un coup, Nilufar apparaît. Elle s'est changée. De robe de mariée blanche, elle est passée à un costume traditionnel rouge de toute beauté. Je n'ai malheureusement pas de photo de Nilufar dans ce costume, mais cette photo vous permettra de vous rendre compte par vous même de ce que ça pouvait donner.

Ceci dit, après ce passage, l'attente reprend. Après un moment à tenter de communiquer avec Anvar, le prof d'allemand, on m'invite à entrer pour la 3e fois dans la pièce. Je suis accompagnés de quelque proches, visiblement triés et sélectionnés. La pièce est bien remplie. On doit être une vingtaine dans la pièce de 20 mètres carrés. Là, j'assiste à la fin des coutumes, particulièrement à l'échange du miel et de la crème. Pour faire simple, en France, le marié donne son alliance à la mariée et vice versa. Dans la coutume de la région de Kashkadarya, le marié donne à gouter un peu de miel avec son doigt à la mariée, puis le contraire. Le processus est refait une fois avec la crème. Ceci symbolise une vie sucrée comme le miel et douce comme la crème pour les jeune mariés. Le tout est fait dans un mélange de recueillement et de convivialité, de sérieux et de rires, de silence et de bruit que j'ai connu pour la première fois là bas. C'est un moment très fort.

Ceci dit, c'est très court. Au bout de quelque minutes, nous sortons, puis les mariés sortent (c'est à ce moment là que la photo de Nilufar où on devine son costume a été prise). Xusan est très noble dans son manteau, typiquement Ouzbek, offert par la belle famille. Nilufar est très belle et gracieuse... Mais des voiles cachent son visage. C'est une surprise pour moi car, bien sur, en Ouzbékistan, j'ai vu des femmes voilées par un hijab ou un foulard, mais c'est la première fois que je vois une femme totalement cachée dans ce pays.

Aujourd'hui encore, je ne sais pas réellement pourquoi mais je pense que ça fait partie des coutumes.

De nouveau, les mariés entrent dans la voiture d'Ulugbek, avec Burkhan et la belle-sœur de Nilufar. Pour ma part, je monte dans la voiture de Bakhadir avec Yulduz et Cherali. Yusuf quant à lui, fait partie d'une troisième voiture conduite par les amis de Xusan qui vont faire le voyage en convoi avec nous.

J'apprendrai plus tard qu'outre ces trois voitures, deux de plus suivent le même chemin, un peu en arrière, avec des proches de la famille de Nilufar. Yulduz est un peu en colère parce que nous partons vraiment tard, qu'il y a 5 heures de route et qu'il y a en outre encore beaucoup de choses à préparer. De plus, Xusan et Nilufar n'étant pas encore religieusement mariés, normalement, ils ne peuvent dormir sous le même toit : c'était donc décidé que Xusan, Yusuf et moi allions dormir chez Cherali. Or leur appartement, à Iroda et lui, est assez loin du camp de base (l'appartement de la famille de Yulduz). Ça complique pas mal les choses.

Le trajet se passe. J'ai dormi un bon moment et on a fait quelques pauses sur la route. Au début du voyage, je me moque gentiment de Nilufar (qui bien évidement ne peut m'entendre) car elle est sur la banquette arrière, au milieu et c'est la place la plus inconfortable de la voiture. Je lance une note d'humour en faisant remarquer qu'elle est encore trop bien traitée et que si c'était moi, elle courrait derrière la voiture ! Yulduz rigole, puis elle traduit à Bakhadir et Cherali qui explosent de rire !

5 heures plus tard, nous entrons dans Tachkent ! Là, je ne fais plus d'humour car malgré les pause pipi, les pauses pour acheter du pain de Samarcande (un délice absolu) ou simplement pour se dégourdir, elle est restée tout le voyage, au milieu de la banquette, sans sortir de la voiture.

Faites subir ça à une personne (mâle ou femelle) en occident : si elle n'explose pas de colère, c'est qu'elle est morte. Je trouve le traitement cruel et j'en fais part à Yulduz. Sans défendre ça, qu'elle trouve également sauvage, elle m'explique que tout ce qui se passe autour de Nilufar est la concrétisation d'un de ses rêves depuis qu'elle est toute petite. Yulduz m'explique qu'elle a été préparée à tout ça, culturellement mais également psychologiquement. Je lui fais remarquer qu'en 5 heures de route, j'ai uriné au moins une fois et j'espère qu'elle n'a pas eu d'envie.

Ma femme me rétorque alors que je suis un homme et que pour moi "c'est facile". Elle ajoute qu'elle s'est retenue parce qu'au delà de tout côté culturel, il n'y a simplement pas d'endroit propre et caché, le long de la route, où une femme peut uriner... La discussion s'arrête là parce que je ne sais pas quoi répondre.

Vers 7h, nous arrivons dans la cité et débarquons. Nilufar est accueillie et entourée. Nous le sommes également mais ne sommes pas les "héros" de l'histoire. Pendant que Nilufar et sa belle sœur sont accompagnées dans une pièce à part (habituellement la chambre de Nadira) qui a été presque totalement réaménagée, avec une table, de la nourriture et de quoi se reposer. Pendant ce temps là, c'est un peu la course pour Xusan, Yusuf et moi car nous devons préparer de quoi faire notre toilette, des changes et tout ce qu'il faut pour partir chez Cherali.

Au milieu du branlebas, on arrête tout. C'est trop tard et on va s'organiser autrement. Xusan, Yusuf et moi on va dormir dans une autre pièce à part. Les femmes vont dormir dans la salle à manger, entre les tables et au milieu des préparatifs. C'est un peu du sport pour tout le monde, mais c'est la meilleure solution.

La soirée se passe entre la cuisine et la chambre car la salle à manger nous est interdite... Peut être pas officiellement mais dans les faits !

Vers 11h, quand même, c'est le premier instant de détente avec toute la famille, sauf Nilufar et sa belle-sœur (dont je ne connais pas le nom), dans la cuisine, autour d'un thé. Moment fort agréable, préalable au sommeil. Nous sommes tous crevés et demain sera le point d'orgue alors personne ne traine !

27 décembre 2009

On se lève relativement tôt ! J'émerge à titre personnel vers 7h. Du côté des femmes, c'est déjà le branlebas de combat : les pauvres, elles n'ont pas du dormir beaucoup ! Toilette, déjeuner, tout est pris dans une ambiance survoltée et stressée. Les préparatifs continuent et la pression monte. Xusan avait une chemise trop grande pour lui : je la récupère. Yusuf me prête une de ses cravates... Bon, c'est cool : j'aurais l'air moins "clochard" qu'hier.

On range, on aspire, on installe, on organise, on prépare, on s'occupe. Je ne crois pas avoir été d'une efficacité redoutable mais bon... Vers 10h, les affaires de Nilufar arrivent avec certains de ses proches. La chambre dans laquelle nous, les hommes, avons dormi est totalement réorganisée pour que ces dames puissent s'installer et examiner les affaires offertes à la mariée.

Résumons nous : - Chambre 1 (celle habituellement de Nadira) : Nilufar, sa belle-sœur, une table.
- Chambre 2 (celle où nous avons dormi, vouée à devenir la chambre du couple) : pièce d'accueil des femmes.
- Salon : réservé aux festivités.
- Cuisine : domaine des cuisiniers et aides au service.
- Le reste : on se croise, se recroise, se parle, se présente, circule.

Vers 11h, l'imam et les amis de Xusan, les hommes de la famille et moi prenons place dans la pièce. Repas, rigolade, discussions auxquelles je ne comprends rien (logique)... Un repas de fête quoi !

Yusuf est là à temps partiel mais deux de ses amis et lui sont de corvée pour amener les plats, débarasser, accueillir les gens, les guider etc.

Vers midi 30, il est l'heure du Nikoh (prononcer Ni-Kârr - le "R" est plus profond dans la gorge que le "R" français). C'est un moment important : après cette cérémonie, Xusan et Nilufar seront mariés religieusement. L'union sera donc effective à partir de ce moment là.

Xusan revêt le manteau qu'on lui a offert et la coiffe traditionnelle Ouzbek (le chapeau noir et blanc). Je suis invité à filmer et assister à la cérémonie. Nous nous retrouvons donc dans le couloir, près de la pièce où se trouvent les femmes. La séparation est symbolique mais réelle. Je ne sais pas si Nilufar est dans la pièce ou si elle est encore à part dans l'autre pièce (il faudra que je demande à Yulduz mais je pense qu'elle est à part). Le but est simple, les hommes sont témoins pour Xusan et les femmes, qui vont tout entendre et participer à la cérémonie, seront témoin également de l'engagement de Xusan ! Nous nous agenouillons et la cérémonie commence ! Avec moi,

L'imam fait tout un prêche en Ouzbek, que je ne comprends évidemment pas, mais que Yulduz me racontera : en résumé, il rappelle que l'Islam est une religion par et pour les humbles ; il explique qu'être dépensier pour le plaisir de faire croire qu'on est riche est un péché, que faire une bonne action en lieu et place de toute chose ostentatoire est beaucoup plus bénéfique. Il rappelle enfin que Xusan a des devoirs envers sa femme, et que Nilufar a des droits en tant qu'épouse.

Après le prêche, les prières, les questions posées aux hommes et aux femmes, chacun répondant à tour de rôle, vient le moment du serment devant Allah. Xusan se recueille et déclame les phrases rituelles, que je ne comprends pas, mais qui veulent dire en gros (Yulduz me l'avait déjà expliqué) : "Je ne reconnais l'existence que d'un seul Dieu : Allah et devant lui je la prends pour épouse", phrases à l'issue desquelles une prière est adressée. La cérémonie se termine ainsi. C'est à la fois un acte de foi profonde et un serment de mariage et même si je n'ai pas un amour immodéré pour les religions (doux euphémisme) et même si je ne crois pas en Dieu en tant que tel (mon dieu à moi, c'est la Nature, qui sera toujours plus forte), cette fin de cérémonie, beaucoup plus intimiste que nos mariages pompeux à l'église, est très forte et très chargée d'émotion. Je ne comprends pas cette émotion parce que je ne suis pas touché par la foi, quelle qu'elle soit, mais je suis touché par l'émotion de ma belle-famille et plus particulièrement par celle de ma femme et d'Iroda.

Une parenthèse à ce sujet pour dire que l'Islam que je vois pratiquer en Ouzbékistan est à des kilomètres de celui qu'on voit pratiquer en France (Du moins, celui qui se montre et qui fait débat - je refuse d'inclure là dedans les centaines de milliers de Musulmans modérés qui vivent en harmonie avec la république et la laïcité) et à des années lumières de celui pratiquer par les fondamentalistes intégristes à travers le monde (Arabie Saoudite, Yémen, Talibans etc.). Je dirais même que cet Islam est profondément progressiste et féministe, prenant le parti des femmes contre certaines coutumes ou interprétation du Coran totalement fausses.

L'imam, quant à lui, et au delà du représentant de sa religion, est un homme au regard profondément gentil, très érudit et dont le sourire montre le gamin qu'il a été, prêt à s'émerveiller et rire de tout. Il est le premier imam que j'ai rencontré et qui ne m'ait pas rebuté.

Je n'ai pas de photos de cette partie là, y compris le repas des hommes, mais dès que j'aurai réussi à faire un montage, je mettrai la vidéo en ligne !

Après la cérémonie, nous retournons dans le salon pour un dernier thé, avec un dessert, puis l'imam prend congé. A ce moment là, il est approximativement 13h, branlebas ! Ca va être au tour des femmes de faire la fête.

Les hommes sont alors "cantonnés" dans la chambre qui a servi de dortoir à Nilufar ! Il y a des matelas, une table (c'est une chose que j'ai oublié de dire depuis le début, en Ouzbékistan, on mange assis sur des matelas à même le sol, devant des tables basses), de quoi manger (comme si j'avais encore faim) et de quoi boire (Thé, Coca, Fanta, Eau Gazeuse et plate). Bon, on va rester là un bon moment je crois.

Impression confirmée, mais mine de rien, le temps passe vite et vers 5h du soir, les dernière personnes à venir féliciter Xusan et Nilufar arrivent. J'ai dit plus haut que seuls manquent à l'appel la troisième sœur de ma femme et son mari (Anvar, comme le prof d'allemand rencontré la veille) restés à Séoul ! Les personnes en question sont les parents d'Anvar : ils habitent à deux heures de route de Tachkent, dans les montagnes, et ont fait le déplacement exprès... Ca en dit long sur la solidarité des Ouzbek, dans la joie comme dans la peine, et sur la solidité du maillage social qui compense dans une certaine mesure les déficits étatiques.

Je n'ai pas grand chose à dire sur l'après midi car nous n'avons fait que "discuter" entre hommes (pas grand chose à dire de plus là dessus) et je ne sais pas ce qu'il s'est réellement passé du côté des femmes. Tout ce que je peux dire, c'est que ces dames se sont amusées et que nous les avons entendu rire plus d'une fois !

Voici donc une série de clichés, plus ou moins bons, pris dans l'après midi : les photos des hommes sont l'œuvre de votre serviteur avec son téléphone portable, les autres sont l'œuvre de Yulduz. Force est de constater qu'elle a fait de bien meilleures photos que moi cet après midi là.


(La cousine de ma femme, une amie d'Iroda et une voisine, toutes trois dans la cuisine)


(Nilufar, de dos, en costume traditionnel, alors qu'elle se présente aux femmes de l'assistance)


(Le voile se lève : je vous présente Nilufar)


(Les femmes pendant leur repas)


(Yulduz, Nilufar et Iroda)

... Et du côté des hommes ? Ben on glande... Comme d'habitude !
(Xusan, Moi affalé au fond et Cherali)


(Et de l'autre côté de la table...)

Vers 18h30, tout le monde est parti et on se retrouve en famille. On range tout le plus vite possible. Deux amis de Yusuf, qui nous ont aidé toute la journée à faire le service sont encore là. Ils ont extraordinaire d'efficacité et de rapidité. Les 2 p'tits gars et Yusuf ont assuré comme des bêtes.

A 19h30, tout est rangé au maximum. Les tables empruntées pour l'occasion aux voisins dans la cité sont ramenées... Et on goute enfin à un instant de sérénité : Iroda, qui est totalement crevée et sur les rotules (Des mois qu'elle tient tout ça à bouts de bras) va enfin pouvoir se reposer. Yulduz est le leader de la famille depuis la mort de Zaynab. Mais le fait qu'elle habite en France, avec moi, laisse toute la pression sur les épaule de sa première cadette, Iroda. Iroda organise, réfléchit, arrange, cherche, gère et surveille tout depuis des mois et des mois. Si le mariage de Xusan est une vraie réussite, c'est à elle qu'on le doit à 90%... Et elle n'habite pas dans l'appartement, doit aussi s'occuper de son mari, de ses enfants... C'est une sainte !

Cette photo (mauvaise) de Yulduz et Iroda montre bien le degré d'épuisement de ma chère belle-sœur.

On se pose, on mange une soupe, en famille, avec pour la première fois Nilufar, qui est un peu perdue la pauvre. Ceci dit, tout le monde est crevé et on ne tarde pas à aller se coucher... Je pense qu'à 22h, tout le monde dormait !

28 décembre 2009

On se réveille relativement tard (pas forcément en horaires mais tout le monde a plus ou moins dormi ses huit heures... Ce qui n'est pas si mal). La journée est calme ! On range et nettoie la vaisselle prêtée par les voisins et amis. On parle, on vaque à nos occupations respectives. Ca fait du bien à tout le monde de se retrouver un peu au calme et de prendre du temps pour soi.

tout de même, un peu de remue-ménage ne fait pas de mal : le meuble commandé par la famille de Nilufar devait être livré et monté aujourd'hui. Nous avons donc tout sorti de la chambre, afin de pouvoir avoir la place de tout monter. Les affaire de Xusan et Nilufar sont donc stockées dans le salon... Et il y en a beaucoup ! Malheureusement, si la livraison est finalement confirmée, le montage, lui, attendra demain. Les mariés dormiront donc dans une chambre spartiate, avec l'odeur du bois neuf (même s'il y a pire odeur, c'est un peu entêtant quand même)

Je passe quand même la majeure partie de la journée à composer (mon voyage a été très bénéfique aussi de ce point de vue là et j'ai une compo, probablement pas la meilleure, loin s'en faut, mais qui me plait énormément), à classer les photos, à lire et à regarder le temps passer. Après le "rush" des derniers jours, j'en avais besoin.

Iroda devait rentrer chez elle mais finalement, elle reste un jour de plus pour nous aider.

Nilufar prend ses marques. Elle assume pleinement son rôle de jeune épouse et prend en charge les tâches les plus ingrates de la maison. Yulduz et Iroda ne veulent pas lui laisser tout faire mais elle s'impose d'autorité : c'est SON rôle, c'est SES tâches.

A titre personnel, je crois qu'elle a été "pré formatée" pour tenir ce rôle, et donc ne comprendrait pas qu'on ne le lui laisse pas tenir, mais je crois également que c'est une manière pour elle de prendre ses marques sereinement, de s'accoutumer à un nouvel environnement dans lequel elle débarque du jour au lendemain... Ce qui est toujours un facteur de déstabilisation.

La journée est aussi l'occasion de se "découvrir" tous dans le quotidien. Le quotidien de la famille va être profondément modifié par l'arrivée de Nilufar car, par exemple, Iroda pourra se décharger en grande partie sur elle. Yulduz m'a confié qu'elle appréhendait un peu la manière de tenir un foyer de Nilufar car les standards de ma femme et de ma belle famille sont très élevés. Plus d'appréhension au terme de la journée ! Ce sera beaucoup plus simple de s'occuper de Nadira qui n'est pas totalement autonome. Iroda n'aura plus à venir plusieurs fois par semaine pour s'occuper des garçons, pourtant très autonomes sur les tâches ménagères, même selon les standards européens.

La journée amène beaucoup de soulagement également, car Nilufar, d'une nature très réservée et timide commence à se libérer et plaisante... Elle semble commencer à se sentir bien.

29 décembre 2009

On devait partir aujourd'hui à Samarcande pour visiter cette ville légendaire, mais le montage du meuble contrecarre nos projets. En effet, comme nous devons y aller avec Xusan et Nilufar (espèce de micro voyage de noces qu'on leur offre afin qu'ils coupent eux aussi), il faut que le meuble soit monté.

En fait de meuble, c'est la chambre complète avec armoire, lit massif, commode, desserte de toilette avec glasse, tables de nuit et chaises... Ça rentre tout juste dans la chambre mais ce sont de très beaux meubles !

L'après midi, nous allons donc rendre visite aux parents d'Anvar, qui invitent ma femme depuis fort longtemps et seront enchantés de nous avoir tous les deux. Vers 14h, Adhan, le frère d'Anvar, qui vient à Tachkent pour affaires nous récupère. En fait, il est venu dans la capitale pour acheter une voiture et repart avec une splendide Jiguli de 1993. Pas grand chose à voir avec le taxi qui nous a récupéré à l'aéroport le 22 au matin ! Celle ci est quasi neuve et si le confort moderne n'y est pas forcément (quoique la sono soit très moderne et d'excellente facture), elle tourne rond, sans bruit de casserole et est confortable !

Une heure après, nous arrivons à Angren. L'autoroute que nous avons prise est LA route de la soie de cette partie du pays, route qui traverse le pays, venant du Kazakhstan au nord et menant au Kirghizstan et en Chine au sud-est. Cette autoroute est beaucoup mieux entretenue que le reste des autoroutes du pays car c'est une vitrine et une route traversante.

L'accueil de la famille est (je vais me répéter mais si un jour vous êtes accueillis par des Ouzbek, vous comprendrez pourquoi) exceptionnellement gentil et amical. On passe tout de suite à table pour le thé. La conversation se déroule et Yulduz passe son temps à traduire (c'est pour ça qu'elle est restée plus longtemps que moi là bas ! Elle aussi avait besoin de vacances) à tel point que par moments, elle se mélange en s'adressant à la famille en Français et à moi en Ouzbek.

Après un moment, on me fait visiter la ferme et ses dépendances. On me montre le mode de vie (que je connais déjà un peu quand même) d'une famille relativement aisée de la campagne. Je prend une photo du coucher de soleil dans la rue devant leur maison Adhan me demande de prendre une photo de lui devant sa voiture. Vers 17h, le père nous quitte pour retourner au travail. Nous retournons à table pour des plats supplémentaires et la visites des tantes et voisines d'Anvar et Adhan.

Vers 18h, nous devons prendre congé (alors qu'on nous a invité à dormir sur place) car nous partons demain à Samarcande et la famille de Yulduz nous attend.

Adhan nous ramène à la station de taxis où nous en trouvons un pour nous ramener : il nous fait payer le trajet 12 000 soums (soient environ 5 euros) à la condition qu'il trouve 2 autres passagers. Après près de trois quart d'heure d'attente, nous partons enfin. Une heure après, retour à l'appartement...

Xusan et moi nous nous tapons un délire sur son nouveau lit, le tout filmé par Yulduz. Soirée tranquille.

Demain Samarcande...

30 décembre 2009

On se lève normalement et on déjeune normalement... Quelque petits détails à régler, dont celui de récupérer de l'argent liquide (les cartes bleues ne servent à rien en Ouzbékistan)...

Beaucoup de liquide : la vie n'est pas chère en Ouzbékistan, pour un européen du moins. Le salaire moyen doit tourner autour de 500000 soums par mois au maximum (à 2500 soum l'euro, faites le calcul : 200 euros).

Comme on a décidé de payer le voyage à Xusan et Nilufar, il nous faut :
- 80 000 soums de trajet (10 000 soums par personnes pour l'aller et la même chose pour le retour).
- 25 000 soums d'hôtel pour moi.
- 15 000 soums d'hôtel pour les trois autres (le prix des nuits d'hôtel n'est pas le même pour les "locaux" et les étrangers) ;
- 40 000 soums de nourriture ;
- 40 000 soums de sécurité.

Soit un total de 200 000 soums (moins de 100 euros). Par mesure de prudence, on veut changer un peu plus, d'autant plus que j'ai pris un visa de tourisme et que la loi m'oblige à m'enregistre dans un hôtel : je ne peux pas dormir chez l'habitant. La situation est simple, si je ne justifie pas de ces nuits d'hôtel, je ne peux pas sortir du pays...(1) "Simple"... D'accord, mais la pression monte quand même un peu, alors on se dit qu'en graissant la patte d'un hôtelier, j'aurais un justificatif bidon... (1) Erreur : en fait, rien ne m'aurait retenu en Ouzbékistan mais par contre, j'aurais du payer une grosse amende (Noté le 20 janvier 2010)

Comme on a pris notre temps et qu'on est un peu justes, on tape dans les réserves de Xusan et on lui file 100 euros en échange. L'occasion est trop belle pour rater une photo ! A droite, des billets de 20 euros. A gauche, des billets de 500 soums... Au total : exactement la même valeur (à la valeur d'échange près).

Chaque liasse est une liasse de 50 000 soums, équivalent à 20 euros...

Après avoir pris l'argent (euros ET soums), on sort de la cité pour prendre un taxi. Celui ci devra nous amener à l'autre bout de Tachkent, là où les bus et taxis se retrouvent pour partir à Samarcande et dans le reste de l'Ouzbékistan.

Pour la petite histoire, Xusan et Nilufar ne pensaient pas qu'on dormirait à l'hôtel. Eux pensaient qu'on allait faire l'aller-retour dans la journée, quitte à rentrer très tard. C'est donc Yulduz et moi qui leur avons fait prendre le minimum vital pour leur toilette... Grosse rigolade et bousculade alors que nous avions déjà les manteau sur le dos.

Il fait beau ; il ne fait pas froid. C'est une très belle journée. Nous trouvons très vite un chauffeur dans sa Volga ! Le prix est tout à fait correct et c'est parti.

Quelque part dans le récit, j'ai dit que les Volga n'ont rien à envier au niveau confort à des berlines allemandes haut de gamme. C'est à cette occasion que j'ai pu le découvrir. La voiture est spacieuse, silencieuse, agréable... Yulduz demande au chauffeur s'il accepterait de nous mener à Samarcande. C'est vrai que le voyage serait vraiment bien.

Il hésite un quart de seconde et puis répond "non". Explication : les routes sont vraiment mauvaises entre Tachkent et Samarcande et il ne veut pas risquer d'abimer la voiture ou de trop se fatiguer. C'est vrai que l'homme n'est pas tout jeune et il joue la prudence... L'expérience a parlé. Dommage pour nous !

Arrivés à la station, je reste avec Nilufar pendant que Xusan et Yulduz vont essayer de trouver un taxi. Au bout d'un quart d'heure, ils reviennent : mauvaise surprise. Comme on est à la veille du jour de l'an, beaucoup de gens quittent Tachkent pour retourner dans leurs régions passer le réveillon en famille... C'est l'équivalent en terme de fête de notre réveillon de noël. Les demandes de transport sont donc nombreuses et la loi de l'offre et de la demande joue en plein. Du coup, au lieu d'un confortable taxi à 10 000 soums par personne, on va prendre un (mini)bus à 12 500 par personne... Bon ! OK ! Le bus est quasiment plein : 13 personnes en nous comptant et il ne reste qu'une place, devant, à côté du chauffeur (celle qu'on m'a proposé).

On s'installe tout les quatre au fond du bus (les dernières places. Vu que je suis le plus grand, on m'a proposé de passer devant avec le chauffeur... Non, je préfère rester au fond avec ma femme et sa famille. Bonne surprise. Bien que d'apparence serrés, les fauteuils sont confortable et j'ai la place d'étendre mes jambes... Ne serait-ce l'odeur d'essence qui nous donne mal à la tête, ce serait parfait.

Je suis à la fenêtre arrière gauche. Il y a un rideau que j'écarte et je m'aperçois que, en théorie du moins, elle peut s'ouvrir. Dix minutes à m'escrimer pour n'obtenir qu'un mince filet d'air de trois millimètres de large... Peu concluant ! Yulduz avise soudain une baguette de bois qui maintient la vitre fermée. En trente seconde, elle trouve le moyen de l'enlever et la fenêtre s'ouvre. Aaaargh ! De l'air ! Quasiment immédiatement, le mal de tête s'évacue.

Le bus sort de Tachkent... Très vite, tout le monde sombre dans une douce torpeur : autant roupiller ! Soudain, j'ai froid. La fenêtre s'est ouverte inconsidérément et il ne fait pas chaud quand on roule... Je remets la fenêtre dans sa position légèrement ouverte et me rendors... Pas pour très longtemps : ça recommence. Ah OK, c'est peut être à ça qu'elle servait la baguette... On la remet donc en place et c'est vrai que le filet d'air de trois millimètres suffit largement pour évacuer l'air vicié.

On arrive à Samarcande quelques heures plus tard, vers 15h. On est les derniers à sortir du bus alors le chauffeur, gentiment, nous pose à un endroit où normalement il n'a pas le droit de s'arrêter. En dix secondes, on est hors du bus et il repart.

Je ne vois pas grand chose mais déjà, ce que je vois me laisse pantois. Des deux côtés de la route : un cimetière. Au loin, en hauteur par rapport à la route : un des plus beaux minaret qu'il m'ait été donné de voir.

On traverse la route et on prend un chemin piéton. Je sais qu'on doit aller sur Registan, la place aux trois Medersas (écoles coraniques) mais je ne sais absolument pas à quelle distance c'est. Je soupçonne Yulduz de le savoir mais de ne pas me le dire pour que je "tombe" dessus. C'est le genre d'effet de surprise qu'elle affectionne.

En montant, le chemin piéton devient une rue piétonne, bordée de deux bâtiments de toute beauté. Visiblement, il s'agit d'un mausolée et d'une mosquée. A côté, une place de marché dans laquelle se trouve un marché du safran.







Nous continuons de suivre la route piétonne. C'est très, très, très bien mis en valeur. C'est propre, joli, clair, aéré et idéal pour une promenade. Les bâtiments sont modernes mais fait selon le style architectural de Samarcande et j'ai l'impression, ne serait-ce cette architecture, de me retrouver dans une ambiance suisse ou vieille ville allemande. C'est serein, apaisant.


Puis, à notre droite, un long mur, avec des fenêtres décorées d'une grande beauté... Je me dis que nous ne sommes pas loin. Exact !

Au coin de ce mur, toujours à droite, un autre mur ; et deux minarets ! C'est à ce moment là que j'ai réellement compris qu'on arrivait ! Ma femme m'a montré des photos de Registan et depuis que je les avais vues, je voulais voir ça en vrai. quand j'ai vu les deux minarets, ça a fait "tilt".

NB : quels que soient mes commentaires, quelles que soient les photos, rien ne saurait décrire l'immense beauté de cet endroit. Une des premières réflexions que je me sois faite c'est que les images "réduisent" le lieu et ne rendent pas le dixième de sa splendeur. Si un jour vous avec la chance (parce que c'en est réellement une) de voir Registan en vrai, vous comprendrez le sens de ce nota-bene.

Après avoir longé le mur, nous nous retrouvons face aux trois Medersas. C'est une des plus magistrale claque que j'ai prise, donnée par un endroit, une construction humaine qui plus est. Les quelque photos ci dessous se passent de commentaire mais sont excessivement réductrices de l'"énergie" qui se dégage de cette place.
(Tillokori - Au centre)


(Sherdor - A droite)


(Détails du minaret de Sherdor)

Après un long moment passé à prendre des photos, il est temps de se mettre à la recherche d'un hôtel. Nous voyons une affiche "Bed & Breakfast" et nous la suivons. Après une petite marche en flânant dans les rues de Samarcande, nous arrivons devant ce qui semble être ce que nous cherchons. Au passage, je prends cette photo d'une chose qui m'amuse : la porte de cette maison, très belle bien qu'abimée, et le tuyau de gaz devant... Dommage mais aussi très drôle.

Après quelque minutes, la confirmation tombe. C'est bien un hôtel. Il est totalement libre et l'hôte est tout heureux de voir des clients tomber du ciel... C'est la saison creuse et personne ne vient, normalement. Il nous donne fort gentiment des conseils sur ce qu'il y a à faire et ce qu'il faut faire ou ne pas faire, où il faut aller pour bien manger et nous permet, sans aucune caution ou demande, de déposer nos affaires jusqu'au soir.

Au moment de partir, l'hôtelier nous signale que la maison collée à la sienne est la plus vieille du quartier et a plus de cent ans. Elle est joliment décorée et je prends ce que je vois de l'extérieur en photo.

En partant, nous ne retournons pas en direction de Registan. Nous traversons les rues d'un quartier de Samarcande et soudain, après être passé sous un porche, nous apparaît un bâtiment magnifique.

Yulduz m'explique qu'il s'agit du mausolée abritant le tombeau d'Amir Temur... Autrement dit, Tamerlan.


En Europe, ce nom n'est pas très connu mais pourtant, ce personnage est majeur dans l'histoire du monde. Déjà, aujourd'hui, à la télé, quand on entend les noms de Dehli (Inde), Bagdad (Irak), Kaboul (Afghanistan), on peut se dire que ce sont des conquêtes de Tamerlan. C'est dire l'immense richesse historique et culturelle de ces régions, actuellement ravagées par des guerres pour la plupart. Je cite Wikipédia :

Tamerlan (Timour ou Timur Lang, « Timur le boiteux », du verbe persan langidan (boiter ) (1336 - février 1405), était un guerrier turco-mongol du 14ème siècle, conquérant d'une grande partie de l'Asie Centrale et de l'Ouest. Il fonda l'Empire des Timourides et la dynastie des Timourides qui survécut jusqu'en 1857. Son prénom, Timur, signifie "fer" en turco-mongol (cf. mongol tömör et turc demir) et se rapproche de celui de Gengis Khan, Temüdjin. On l'appelle aussi Amir Timur (Temur) (émir de fer).

Né près de Samarcande en Ouzbékistan en 1336 et devenu émir de Transoxiane, il se révéla un redoutable chef de guerre, bâtissant un immense empire reposant sur la force et la terreur. Les historiens parlent souvent de « catastrophe timouride » tellement ses destructions et massacres furent importants. Lors de ses conquêtes, il n'hésitait pas à massacrer intégralement la population des villes qui lui résistaient à l'exception notable des artisans qu'il déportait dans sa capitale Samarcande. C'est à ce titre qu'il se montra aussi protecteur des arts et des lettres qui firent la grandeur de sa capitale, Samarcande.

(...)

Tamerlan devint largement connu comme un protecteur des arts. La plus grande partie de l'architecture qu'il a commissionnée est encore présente à Samarcande.

Selon la légende, Omar Aqta, le calligraphe de la cour de Tamerlan, transcrivit le coran avec des lettres si petites que le texte entier du livre tenait sur un sceau. Il est également dit qu'Omar avait créé un Coran tellement grand qu'une brouette était nécessaire pour le transporter. Des feuilles de ce qui était probablement ce grand Coran ont été trouvées, écrites avec des lettres d'or sur des pages énormes.

Après la mort de Tamerlan en 1405 son empire, gouverné par ses descendants (les Timourides), fut grignoté par les puissances voisines jusqu'à l'assaut final des Ouzbeks de la dynastie des Chaybanides.

Ce mausolée est juste extraordinaire. Tout dedans est beau, somptueux même. De l'entrée :

Jusqu'aux décorations des murs à l'intérieur :


(Au mur, des sourates du Coran)


(Le détail du travail sur les sourates)

En passant par les cours l'entourant :



Et l'éclairage du soir mettant particulièrement bien en valeur le monument.


Il y aurait tant de photos que j'aimerais montrer que ça deviendrait lourd dans ce carnet de voyage. Je vais donc, dans un deuxième temps après avoir fini de vous raconter mon voyage, travailler sur les photos et vidéos. Je mettrai le tout en disponible et vous avertirai de cette disponibilité.

Libre à vous d'aller voir ou pas...

La nuit est tombée, notre dernier repas remonte à pas mal de temps et on commence tous à avoir faim. On descend en flânant parmi les nombreux badauds, réunis autour d'un sapin de noël et de quelques échoppes temporaires, pour rejoindre la route où on pourra récupérer un taxi qui nous emmènera au restaurant de Samarcande conseillé par l'hôtelier. Il est décentré par rapport à Registan, mais est beaucoup moins touristique et fait les meilleures "Chachliks" (brochettes de mouton marinées dans du cumin) de Samarcande.

Le restaurant ne paye pas de mine, mais l'accueil y est bon, d'autant plus que les clients et employés ne sont pas habitués à recevoir un étranger et ils sont contents de nous voir débarquer. Les Ouzbek sont toujours honorés et fiers de faire découvrir leur culture et leur cuisine à quelqu'un qui ne la connait pas.

La cuisine est très bonne et, effectivement, les brochettes sont fabuleuses. Je m'en empiffre deux pour la faim et deux par gourmandise. J'en aurais bien pris deux supplémentaires pour être sur d'avoir bien gouté ce met exquis mais il faut rester sérieux...

Une heure et demi plus tard, on sort du restaurant pour attraper un taxi et retourner voir Registan de nuit. Mais ça semble un peu compliqué et après dix minutes de tentatives infructueuses, on commence à marcher en direction de la place. Au pire, il y a deux ou trois kilomètres à faire et on y survivra. Ceci dit, la route n'est pas éclairée et on se méfie des voitures qu'on croise ou qui nous doublent...

Au bout de dix minutes de marche, un taxi s'arrête enfin et nous ramène sur Registan. Et vlan ! Nouvelle grosse claque. Il y a vraiment quelque chose de particulier avec cet endroit !

(Tillokori)


(Medersa d'Ulugbek - Petit fils de Tamerlan - A gauche)


(Détails de l'entrée de Tillokori)

Après en avoir pris plein les yeux pendant un long moment, il est temps de rentrer à l'hôtel.

Dix minutes après, nous y sommes. L'hôte récupère nos passeports pour nous enregistrer et Yulduz en profite pour lui expliquer ma situation.

Aïe. C'est loupé : parce que Samarcande est une ville très surveillée et donc, la page du 22 de son livre d'enregistrement a déjà été validée par la préfecture... Comme toutes les suivantes jusqu'à ce jour. Autrement dit, il ne peut me délivrer le coupon numéroté car tous les numéros du 22 décembre à ce jour ont déjà été enregistrés...

Gros problème en vue. Il nous donne quand même deux indications. La première est qu'à Tachkent ce sera plus facile parce que moins surveillé (c'est moins "touristique" - du moins, les touristes sont beaucoup plus noyés dans la masse). La deuxième est qu'au pire du pire, il y a une femme à Tachkent qui s'appelle Olga et qui travaille pour une agence de voyage. Elle pourrait m'arranger le coup mais il faudrait alors payer environ cent dollars US.

Bon, OK. On verra bien. D'autant plus que Yulduz a un ami avec qui elle a travaillé de 2000 à 2004 et qui pourrait nous aider. Je le connais, je sais qu'il nous aime bien (il parle un très bon français et a beaucoup d'amis en France) et on ne s'inquiète pas plus que ça.

Je n'avais pas vraiment détaillé la chambre en posant le sac et je m'aperçois qu'elle est très belle. D'une part elle est très propre, très bien arrangée et spacieuse (sauf que ma femme est moi on est obligés de faire lits à part parce qu'il n'y a que deux lits en quatre vingt dix). D'autre part, le plafond ouvragé est magnifique. Il a été fait selon des méthodes ancestrales par des ouvriers du coin et c'est un travail remarquable.

La cour de l'hôtel est elle aussi très belle. Je ne peux pas m'empêcher de longer le couloir distribuant aux chambres et d'aller dans la dernière, dans l'aile attenante à l'aile principale. La chambre est inoccupée et j'en profite pour faire une photo de la cour.

L'hôte nous fait monter du thé, qu'on boit en regardant la télé puis on se couche. Il n'est pas encore 23h00.

31 décembre 2009

Nous quittons l'hôtel après un somptueux petit déjeuner. L'hôtelier nous remercie encore d'être venu chez lui. Nous le remercions de nous avoir accueilli et le réglons. Il m'a donné mon coupon d'enregistrement, qu'il a établi pour deux jours. Si je retourne à Samarcande, il est maintenant mon point de chute officiel.

Nous avons à repasser par Registan, pour revoir la place encore une fois en plein jour et, si possible, monter en haut de l'un des minarets de la place. De plus, les Medersas ouvrent vers 9h et nous voulons entrer pour les voir.

La proposition de monter en haut des minarets a été faite par un policier la veille mais ne voulant pas risquer l'arnaque et/ou l'acte illégal, j'ai décliné l'offre prétextant des vertiges. Le policier nous avait dit qu'il fallait être là à 8h précise.

Nous en avons parlé à l'hôtelier qui nous a dit qu'il n'y a rien à craindre : comme les policiers sont en charge de la sécurité des Medersas, ils ont comme avantage "en nature" de faire entrer qui il veulent, où ils veulent. Ce n'est absolument pas une arnaque mais pour éviter que ça se voie trop, ils ne peuvent le faire qu'avant les heures d'affluence le matin.

En outre, ceci est réservé aux étrangers et normalement, les Ouzbek ne peuvent y accéder. En pratique, avec la morte saison touristique, nous avons tous pu y entrer : les 20 000 soums changent de main (5000 chacun) et c'est parti.

Nous entrons tout d'abord dans la medersa d'Ulugbek, puis un escalier nous mène à l'étage. Le palier est en travaux ; un chantier est en cours.



Je dépose mon sac à dos en l'accrochant à une barre de fer qui dépasse d'un des murs et on attaque la montée du minaret. Les marches font trente à quarante centimètre de haut et pour monter, il ne faut pas être claustrophobe, ne pas avoir peur du noir et être en bonne forme physique - ce que je ne suis pas forcément mais il y a pire.

Au bout d'un moment, on arrive en vue du "toit". Le chemin est encombré de câbles et autres poutres de soutènement mais on arrive à se faufiler. Et la vue vaut les efforts. Yulduz et Nilufar se sont arrêtée et sont redescendues alors qu'on était presque en haut.

Je passe 5 minutes à en prendre plein les yeux et a faire une petite vidéo. Comme on ne peut pas tenir à deux, je laisse rapidement la place à Xusan.
(Sherdor)



Une fois redescendus, on récupère les filles qui nous attendent et on descend pour sortir de la medersa... Et là, c'est le drame ! La grille est fermée à clé ! On est prisonniers de la Medersa d'Ulugbek. On tape, on appelle et quelques instants après, le flic arrive en courant... Ouf ! On en rigole mais la surprise a été totale.

On sort, puis on visite les 3 écoles les unes après les autres. Dans les 3, je retrouve quelque chose que je ne m'attendais pas à retrouver ! Il m'est arrivé, quand j'étais jeune, de me balader sur les campus d'Oxford et de Cambridge. J'ai retrouvé la même ambiance dans les medersas. Des lieux chargés d'histoire, voués à la culture, à l'étude et à la méditation, chargés d'enseignements par eux même et profondément calmes et sereins.



(Le tombeau des Chaybanides)


(Dans la cour de Sherdor)


(Porte d'origine de Sherdor)

J'ai appris, à l'occasion de cette dernière photo, que sous l'ère soviétique, toute croyance quelle qu'elle soit étant proscrite, les trois medersas n'ont pas été entretenues. Les travaux de rénovation et de remise en valeur ont été commencés dans les années 70 et donc, après 50 ans sans entretien, les bâtiments étaient dans un état déplorables. A ce jour, les travaux ne sont toujours pas finis parce que toutes les rénovations se font avec les techniques ancestrales, par des artisans confirmés.

Ceci dit, cette porte près de laquelle Xusan et moi sommes photographiés, est d'origine. Sherdor a été finie en 1636 et donc, la porte a au moins cet age là et peut être quelques années de plus.

Une fois visitées les 3 medersas (aussi proches et aussi différentes les unes des autres que peuvent être trois membres de la même fratrie), il est temps de repartir pour Tachkent. Nous ne pouvons malheureusement pas rester plus longtemps car nous devons préparer le réveillon du 31 avec les autres d'une part, et régler mon problème d'hôtel d'autre part.

Le temps de faire quelques dernières photos et nous partons.

(Ulugbek)


(Sherdor)


(Sherdor de trois quart dos au premier plan et Ulugbek au fond)

Nous redescendons là ou le bus nous a laissé. Nous prenons un taxi qui nous amène à la station d'autobus pour Tachkent.

Tout de suite, des chauffeurs de taxi nous proposent de nous ramener. Nous refusons en disant que nous voulons partir en autobus (moins cher).

Xusan fini par trouver un chauffeur de taxi qui doit rentrer sur Tachkent de toute manière et qui nous fait le prix du retour en bus. C'est parti et c'est une Nexia. Nous aurions pu le regretter : le chauffeur n'était pas génial. Outre qu'il conduit vite (ça c'est pas grave), il freine très (trop) tard et nous fait plusieurs fois peur.

Le summum est quand, un troupeau de bêtes à corne traversant l'autoroute, il n'a pas ralenti car voulant anticiper les mouvement des vaches... Sauf qu'une vache, c'est imprévisible et que l'une d'elle faisant un écart, il se retrouve à piller comme un malade (commettant même l'impardonnable outrage de me réveiller) tout en donnant un coup de volant.

Ça n'a pas suffit... Enfin... Pour la pauvre bête et le rétroviseur droit du moins. La pauvre bête a du être tapée très violemment dans son arrière train par un rétroviseur qui, en échange, y a laissé la vie. J'ai ouvert les yeux juste au bon moment pour voir le rétroviseur être littéralement arraché de son support et la bestiole se mettre à galoper. On a eu très chaud sur ce coup là.

Enfin, vers 14h, nous sommes à Tachkent. Pendant tout le trajet, Yulduz a cherché à joindre son ami, Anvar (c'est le troisième de l'histoire mais je vous jure que je ne le fais pas exprès - ils s'appellent tous les trois Anvar), et ce n'est qu'une heure avant d'arriver qu'elle y parvient. Ce n'est pas génial, parce qu'il n'était pas prévenu et ne peut pas régler le problème très facilement. Il risque d'y avoir des pénalités demandées par le patron de l'hôtel à qui il s'adresse.

Le rendez vous est fixé à son appartement et nous avons tout juste le temps de manger un morceau et nous repartons immédiatement. Un quart d'heure après, nous retrouvons l'homme : il a 77 ans, même s'il est resté très vert et jeune dans sa tête. Je suis content de voir son accueil : il me demande tout de suite des nouvelles de ma famille, qu'il connait.

Il nous explique que le problème est gros parce que quand on fait ce genre de magouille, normalement, il faut prévenir l'hôtel dans les trois jours afin qu'il n'y ait pas de retard d'enregistrement, ce que les préfectures Ouzbek n'acceptent pas.

Il nous amène dans un hôtel de quartier, sympa et tranquille et cherche le gérant. Il nous a prévenu, à cette heure là, il doit déjà être fin bourré à la vodka. Bon, il n'est pas fin bourré, mais c'est vrai qu'il est un peu chaud. Il nous invite à passer à table, et à nous servir en vodka, en coca et tout ce qu'on veut : nous sommes ses invités.

On rencontre chez lui le maire du secteur, venu pour "affaires". Yulduz et moi ne mettons pas longtemps à comprendre que c'est un officier d'une mafia quelconque (1). C'est un ancien élève d'Anvar, à qui il doit un immense service (quasiment la vie), mais Yulduz me glisse que c'est un coupeur de tête et que ça s'entend à la manière dont il parle au téléphone (insultes, menaces, chantage). Ma femme et moi somme très prudents et pas rassurés du tout car même si nous sommes sous la protection d'Anvar, il ne faut pas qu'on se manque. De plus, ce bougre parle bien anglais et français... (1) Pas du tout ! Renseignement pris, c'est un gros cake qui se donne des airs (Noté le 20 janvier 2010)

Au bout d'un moment de palabre, il est temps de s'occuper de mon affaire. Anvar et Yulduz partent dans le bureau avec son fils et lui. Je suis seul avec son "garde du corps" (en clair, son porte flingue) qui me tient compagnie. Au bout d'un moment, Anvar et lui reviennent et reprennent notre discussion comme si de rien n'était. Yulduz est restée dans le bureau avec son fils et il se passe encore un long moment avant qu'elle ne revienne. Les nouvelles ne sont pas super bonnes, je le sais à sa tête, mais je ne saurai pourquoi que plus tard.

On boit quelque coup (j'ai été - plus ou moins - obligé de boire de la vodka, que je n'aime plus, comme je n'aime plus les alcools forts), on parle de la pluie et du beau temps, on prend quelque photos et on prend congé : le signal du départ est donné par Anvar.

Dans la voiture, Anvar m'explique qu'ils n'ont pas pu falsifier le livre d'enregistrement, comme à Samarcande. Par contre, ils m'ont fait l'enregistrement pour ma dernière nuit, nous ont invité à leur soirée de réveillon (où je n'irai pas, c'est sur), et nous ont donné le numéro de téléphone d'une certaine Olga, qui moyennant 120 dollars US peut m'arranger le coup... Tiens, deux fois la même piste ?

En plus, ils m'ont expliqué que la loi Ouzbek donne trois jours à partir du moment où on s'arrête quelque part, pour s'enregistrer. Si je bouge à un autre endroit avant l'expiration de ces trois jours, le délai reprend à zéro à partir du moment où on s'arrête de nouveau. Ils m'ont même donné une copie de l'article de loi le précisant. Autrement dit : je suis arrivé à Tachkent le 22 au matin et entre le 22 et le 30, j'étais perdu au fin-fond des campagnes et je ne suis jamais resté plus de deux jours au même endroit... Ça me parait peu crédible mais bon, au moins, j'ai quelque chose.

On raccompagne Anvar chez lui. On discute cinq minutes sur le bord du trottoir et on décide de manger demain au restaurant lui, nous, et certains des anciens collègues de Yulduz. Elle et moi on décide tout de même de contacter Olga. Yulduz l'appelle et elles conviennent d'un rendez vous le 1er janvier 2010, demain donc, à 16h. En effet, Olga n'est pas à Tachkent et doit en plus contacter son patron qui ne l'est pas non plus.

Bon, de toute manière, on ne peut rien faire de plus... On rentre à l'appartement et on se pose... Enfin !

On ne se pose pas très longtemps ceci dit. Xusan, Yulduz et moi devons repartir vers 5h30. En effet, nous avons été invités par sa cousine et son mari, un chirurgien d'état, que j'ai rencontré pendant la noce.

Nous arrivons dans un appartement relativement petit, mais cossu et très bien arrangé. L'accueil est encore une fois magnifique. On passe un relativement long moment avec eux, l'ambiance est plus que conviviale. On explique mon cas au couple et on apprend que tous deux travaillent (elle comme infirmière, lui comme chirurgien) dans la clinique à côté de l'aéroport et donc, qu'ils connaissent quasiment tout le monde à l'aéroport. Comme on ne sait pas trop sur quel pied danser avec Olga, on lui demande s'il peut faire quelque chose. Il répond qu'au pire, il m'expulse du pays pour raisons sanitaires, le problème étant que j'aurais du mal à revenir un jour ! Bon, on va garder ça en joker ultime alors, parce que j'ai envie de revenir !

Le repas se passe ; on me fait gouter des vins Ouzbeks : je n'aime plus les alcools forts, mais j'aime de plus en plus les vins et les boissons houblonnées. Les deux vins que j'ai gouté sont très différents de nos vins rouges et blanc, mais ils n'en restent pas moins excellents, particulièrement le rouge (mi-chemin entre un Chianti et un rouge liquoreux). Puis, vers 7h, nous prenons congés. En effet, on doit manger avec la famille de Yulduz et passer le 31 en famille. J'apprends en plus que Nilufar a demandé à Yulduz quel est mon plat Ouzbek préféré et qu'elle le prépare pour moi pour ce soir : des mantis... Je mangerais ce plat sur la tête d'un chien galeux tellement c'est bon !

Les mantis sont une sorte de grands raviolis, dont la farce est à base de mouton et d'oignon, cuits à la vapeur et accompagnés, au choix, d'une sauce à base de crème liquide et épices, ou d'une sauce tomate au basilic... Ou les deux en même temps.

Le temps de prendre quelque photos souvenir, et nous repartons. Ils nous accompagnent jusqu'à ce que nous soyons dans un taxi... Encore des gens que j'aurais un immense plaisir à revoir !


On rentre à la maison. Nilufar, Yusuf et Nadira ont presque tout préparé. On met le couvert et on attaque ! Et là, j'ai commis un crime de lèse-Yulduz. Les mantis que ma femme prépare sont excellents et je les adore, mais ceux de Nilufar sont juste ex-cep-tio-nels : et je le dis ! Yulduz est assez d'accord mais avec le recul, je me dis quand même que la matière première utilisée est peut être plus adaptée en Ouzbékistan qu'en France et que, probablement, ceux de ma femme auraient été aussi bons, mais il n'en reste pas moins que je me casse le ventre en douze.

On passe la soirée tranquille, sans réellement faire de fête, mais le simple plaisir d'avoir une soirée tranquille, avec des gens que j'ai appris à aimer en très peu de temps, et la dernière vraie soirée avec eux pour un long moment, est un plaisir que je ne boude pas.

Ce fut une longue journée ! A peine passé minuit, et tout le monde s'endort.

1er Janvier 2010 :

Nous nous réveillons tranquillement mais ne traînons pas trop. En effet, nous devons manger à midi chez Iroda et Cherali pour ce 1er de l'an. Il y a tout une logistique à gérer pour permettre à Nadira de descendre les escaliers de l'immeuble. Finalement, Yusuf, Nadira et Nilufar partent en avance pour aller chez Iroda et l'aider à tout préparer.

Une heure plus tard, Xusan, Yulduz et moi partons à notre tour. Attraper un taxi ne pose aucun problème et nous arrivons chez Iroda vers midi 30.

L'ambiance est à la fête. On passe tout de suite à table. La notion d'apéritif en tant que telle n'existe pas dans la tradition Ouzbek. Par contre, le déroulement du repas fait que cette convivialité qui s'installe en France lors d'un apéritif, est compensée par le fait que les entrées et l'équivalent de l'apéritif sont mélangées et se prennent à table.

Je retrouve tout le monde et je rencontre Mansour, le frère de Cherali. Le repas se passe plus que bien, je participe à la conversation, aidé de Yulduz, Yusuf et Nadira... Malgré la barrière de la langue, je me sens totalement intégré, c'est incroyable.

Il y a dix jours, je ne connaissais pas ces gens, même s'ils étaient déjà importants pour moi, et ils ne me connaissaient pas. Aujourd'hui, ils sont ma deuxième famille et j'ai le sentiment d'être officiellement un membre à part entière de leur famille. Ne serait-ce la barrière de la langue, j'ai le sentiment que mon intégration serait totale. Charge à moi maintenant d'apprendre leur langue et de faire tomber cette dernière barrière. Xusan, de son côté, veut apprendre le français et l'anglais. Je pense qu'il va aller au bout car, même si c'est le plus gentil et le plus doux des hommes, il a une volonté de fer, comme sa sœur.

Déjà très touché par ce sentiment, soudain, Cherali se présente à moi en disant (traduit par Yulduz) que la famille a un cadeau pour moi. Je suis encore plus touché par cette attention qui me va droit au cœur et manque de m'effondrer quand je vois le cadeau : un costume traditionnel avec les accessoires, le foulard ceinture et la coiffe traditionnelle Ouzbek. Je suis complètement scié : ces gens, qui ne gagnent pas chacun le quart de l'argent que je gagne, même avec mon maigre salaire actuel, qui ne vivent pas dans la moitié du confort que j'ai, sont capables d'une générosité et d'un partage que je ne me crois pas capable d'atteindre.

On me fait mettre le costume et je me retrouve à être le centre de toutes les attentions : tout le monde veut prendre une photo avec moi, en costume, tout le monde veut savoir ce que je pense de l'Ouzbékistan, tout le monde me souhaite et espère me revoir... Il ne s'en est fallu que d'un cheveux pour que je craque.


Je réalise soudain que, la nuit suivante même, je m'envolerai (si tout va bien) et j'aimerais rester une semaine de plus. Je ne sais pas si ça m'aurait fait le même effet si j'étais arrivé le 19 au matin, comme c'était prévu, mais je sais que les trois jours de retard me manquent... Au moins ceux là...


Le repas prend fin, on plaisante, on rit, tout se passe le mieux du monde. Vers 15h on part. Dans le taxi, Xusan, Nadira, Yulduz et moi. Yusuf et Nilufar reviendront plus tard et vont aider Iroda à tout ranger. Les au-revoir avec la famille d'Iroda sont assez long car on ne se reverra pas avant un long moment (peut être deux ans). J'ai un pincement au cœur au moment de partir. Sur le trajet, je dis à ma femme que je reviendrai dans son pays le plus tôt possible et que si on part au Canada, on fera Marseille-Tachkent et Tachkent-Montréal, avec quelque semaines entre les deux vols.

On arrive à l'appartement et Yulduz et Xusan repartent tout de suite pour leur rendez-vous avec Olga. Pendant ce temps là, Nadira et moi nous nous reposons. J'essaie de dormir un peu parce que les trente six heures à venir vont être longues.

Vers 17h30, Nilufar et Yusuf arrivent, suivis cinq minutes plus tard de Xusan et Yulduz. Yulduz m'explique que ce n'est pas réglé : en fait, Olga a eu du mal à gérer le problème. Elle doit normalement parler aux gens du poste frontière mais aucun papier ne m'est délivré. La pression continue de monter. 100 dollars, ça fait à peu près 75 euros. Yulduz et moi, on est prêts à lâcher 100 euros pour que le passage ne pose pas de problème. Olga nous garantie qu'elle sera là, à l'aéroport, cette nuit, pour m'aider en cas de problème.

D'un côté, je n'ai pas envie de partir et ce contretemps serait peut être un moyen de m'enlever cette frustration. Mais les conséquences seraient trop graves : billet d'avion à payer à nouveau, manque à gagner au niveau salaire, charge supplémentaire pour ma famille ma belle famille (même si, pour ces derniers, je pense que cette charge leur ferait plaisir par certains côtés). Rien à faire, il faut que je parte.

Je prépare donc mes affaires et vers 18h20, nous partons au restaurant. Mon sac est alors presque prêt à deux ou trois bricoles près. Le restaurant est coréen (la population coréenne est très forte en Ouzbékistan) et je me rends compte que je connais déjà au moins deux personnes. Les anciens collègues de ma femme sont tous aptes à comprendre le français (travaillant pour une société française, parler et comprendre le français est obligatoire à l'embauche) et leurs conjoints parlent à peu près tous l'anglais. Aucun souci de communication donc.

Ne comprenant pas ce que je lisais, j'ai choisi mes plats au hasard : j'ai eu de la chance, j'aurais pu tomber sur une soupe de chien, que deux personnes ont prises et ont aimé. Les différences culturelles sont très fortes, beaucoup plus fortes qu'en apparence, car en France, c'est tout un scandale quand un restaurant est accusé d'avoir servi du chien.

Vers huit heure, après avoir croisé deux français que nos amis connaissaient, et qui laissent à mon sens une bien piètre image des français, particulièrement l'un d'eux (arrogant, prétentieux, obsédé par les filles Ouzbek - qui sont souvent très, très belles, il faut le reconnaître), nous quittons le restaurant et rentrons à l'appartement. Je comprends aussi que, même si je suis à des années lumières de ce comportement, j'ai quand même certains archétypes de l'occidental de base, et du français de base.

Nous rentrons à l'appartement et on passe un petit moment avec la famille. Je dis au revoir à Nadira et à Yusuf et je finis de préparer mon sac : mon vol est à 3h00 du matin et il faut que je sois à l'aéroport à 1h00. Il faut donc qu'on parte vers minuit 30 et donc que l'on se lève à minuit. Cela me prend cinq minutes : il est 21h30 et je n'ai pas sommeil ; mais il faut absolument que je me repose. Je m'allonge donc, ferme les yeux et m'isole avec de la musique. Yulduz vient s'allonger à côté de moi. Vers 22h30, on s'endort.

2 Janvier 2010 :

A minuit, le réveil sonne : c'est dur mais j'ai dormi une heure et demi. Ça suffira pour l'instant, on verra bien dans l'avion. Les au-revoir avec Nadira (qui s'est relevée), Nilufar et Yusuf sont longs. Je me rends compte que - et Yulduz me l'avait dit - Nilufar est touchée de me voir partir. Elle s'est très fortement attachée à la famille en quelque jours à peine et je fais partie de la famille, et je m'en vais... Et Yulduz s'en ira aussi dans quelque semaines.

Choukrat (je ne suis pas sur de l'écriture du nom), un des ex-collègues de ma femme avec qui on a mangé cinq heures plus tôt, est venu nous chercher dans un Lada Niva de la société. Xusan, Yulduz et moi montons à l'intérieur. Quelque minutes plus tard, nous récupérons Anvar chez lui. Je me sens en confiance car entre Olga et Anvar, et avec l'appui du mari de la cousine de ma femme, Ichqobul, les chances de ne pas avoir de problèmes sont grandes.

(A partir de là, je parle à l'heure française. Il est 1h30 en Ouzbékistan, donc 21h30 en France.)

Olga doit nous retrouver à 1h30 (21h30 heure française) à l'aéroport. Mais il y a un autre problème : normalement, seuls les passagers peuvent pénétrer dans l'aéroport de nuit. L'adieu aux familles doit donc normalement se faire devant les portes de l'aéroport. Cependant, grâce au cousin et à Anvar, les agents de sécurité laissent passer tous les gens qui sont avec moi... Sauf Xusan qui n'a pas pris son passeport. C'est dommage mais on trouve une solution : on se cale sur les sièges près de l'entrée. Il n'a pas le droit de franchir les sièges mais au moins, il participe pleinement aux évènements.

21h30 : pas de Olga en vue. On ne lui a versé que la moitié de l'argent mais si elle n'a rien fait, c'est de l'argent facilement gagné. Bon, pas d'inquiétude, un petit retard, ça arrive.

21h45 : toujours rien. Yulduz me dit qu'hier aussi elle avait du retard... Une demi-heure.

22h00 : pas de nouvelles. Yulduz décide d'appeler car l'enregistrement des bagages a commencé. Elle arrive à l'avoir. Olga nous dit être en route mais habiter à quatre vingt kilomètres de l'aéroport. On va donc enregistrer mon sac et commencer les formalités. La pression monte fortement.

22h15 : l'enregistrement est fini. Je rejoins Yulduz qui, outre avoir commencé les papiers pour les formalités de sortie, a rencontré deux personnes qu'elle connait, dont un compatriote avec qui elle a fait une partie de ses études à Strasbourg.

22h30 : Olga arrive enfin. Tout juste : l'appel pour l'embarquement du vol pour Riga vient d'être fait. Olga nous confie qu'elle a pu transmettre mon dossier aux gardes et donc, qu'il ne devrait pas y avoir de problèmes.

Xusan et moi restons un long moment enlacés. J'avais beaucoup de respect pour Xusan avant mon voyage (c'est "l'homme" de la famille et il supporte tout sur ses épaules, sans broncher) mais au terme de ces presque 11 jours de voyage, j'ai une immense affection pour lui en plus.

Je m'éloigne. Les autres, dont Olga, m'attendent près du contrôle de sécurité. C'est là que je vais les quitter et leur dire au revoir. Je les remercie tous, et leur dit au-revoir... Et je zappe Olga !

Quelle impolitesse ! Yulduz me recadre ! Je me répands en excuses et je suis honteux. Elle ne me semble pas me tenir rigueur mais comme je paye, je pense qu'elle ne le montrerait pas. Je passe le contrôle de sécurité sans aucun problème : l'agent me dit même que les Ouzbek seraient content de me voir revenir.

A la sortie du contrôle, deux agents de sécurité m'attendent. Ils contrôlent mon passeport et l'un d'eux me demande de le suivre ! J'imagine tout d'abord qu'il s'agit d'une escorte, conséquence de l'action d'Olga, mais en suivant le garde jusqu'à son bureau, je vois la surprise et l'appréhension sur le visage de Yulduz et Olga qui semble tout d'un coup très nerveuse et essaye d'appeler quelqu'un.

Bon, pas de panique : je suis le garde dans un bureau ou les bagages en soute sont scannés. Mon sac est sur une voie de garage du convoyeur. Le garde me montre mon sac et me demande : "Is it your luggage ?" (Est-ce votre sac ?)

Le ton est sec, pas réellement menaçant, mais très directif. Oui, c'est bien le mien !

Il laisse passer un bagage et remet le mien dans son scanner. Il fait la mise au point et je vois clairement, à l'écran, des objets longs, petits, très opaques et très serrés. Le garde me montre ces masses noires et me demande : "Can you tell me what's this ?" (Pouvez vous me dire ce que c'est ?)

Pendant un instant, je panique car je ne sais pas. J'ai vu des photos, dans l'aéroport, des traitements réservés aux trafiquants en tout genre, et particulièrement aux trafiquants de drogue (on n'est pas loin de l'Afghanistan, ne l'oublions pas : Tachkent - Kaboul, c'est à vol d'oiseau la même distance que Paris - Marseille). Je cherche trente secondes ce que ça peut être, en me demandant parallèlement comment ça a pu arriver là. Trente secondes, parfois, ça parait très long !

Soudain, j'éclate presque de rire de soulagement : il s'agit des cinq jeux de piles rechargeables (20 batteries donc) de mon appareil photo. Normalement, je les ai toujours avec moi et avec l'appareil, mais comme elles sont totalement vides, je les ai mises dans le sac pour ne pas me les trimbaler et alourdir mon sac à dos.

"These are batteries, for my camera that you can see there" ! (Ce sont les piles, pour mon appareil photo que vous pouvez voir là) Et je lui montre la forme de l'appareil, dans le sac lui aussi.

Le garde se détend un peu et me dit "Can you show me ?" (Pouvez vous me montrer ?)

Je lui répond qu'il n'y a aucun problème : maintenant que je sais ce que je vais trouver, je suis même pressé de lui montrer ! Je déverrouille le sac, cherche pendant quelque secondes et sort le sac "zip" de piles. Il regarde et puis d'un coup, fait "Oooooh" et me les rend avec un grand sourire.

C'est bon, je peux ranger mon sac et repartir ! En quelque minutes, c'est fait ! Ouf, j'étais déjà en train de me voir rejouer un remake de "Midnight Express" avec les prisons Ouzbek !

Je ressors du bureau ; Olga trépigne au téléphone ; Yulduz me regarde : je lui fais un grand sourire. Yulduz arrête Olga et je leur dis rapidement ce qu'il s'est passé. Yulduz me dit : "Tout va bien alors ?"

Oui, tout va bien... J'arrive à ce moment là au poste frontière. Le garde qui m'a "arrêté" me serre la main et me dit : "Goodbye sir". Oui, "Goudebaille !"

Je tends mon passeport au douanier, qui le regarde, vérifie dans son ordinateur, me tamponne le visa par la date de sortie et me laisse passer. C'est bon, je suis officiellement en zone de transit, c'est à dire en dehors du territoire Ouzbek.

J'arrive à voir Yulduz de loin et je lui fais signe que tout va bien. Je lui envoie un baiser et je me dirige vers la porte d'embarquement.

23h00 : Embarquement.

L'avion est presque vide. J'ai donc la place de me prendre trois sièges, rien que pour moi. Je vais pouvoir dormir. En fait, c'est très inconfortable et toutes les vingt à trente minutes, je me réveille... Bon, le vol de cinq heures trente est quand même passé beaucoup plus vite.

23h30 : décollage.

3 janvier 2010 :

05h00 : atterrissage à Riga (Lettonie).

05h20 : débarquement de l'avion.

Je ne sais pas comment je me démerde, mais après le poste frontière, je me retrouve en dehors de l'aéroport au lieu de la zone de transit. Il fait froid mais je suis bien couvert, alors je décide d'en profiter pour me fumer une cigarette (oui, je sais, j'ai repris ! Ça va !). Après ma clope, je me dirige vers le comptoir d'information et l'agent d'accueil m'indique ce que je dois faire : passer le contrôle de sécurité et retrouver ma porte d 'embarquement (la B6)

Le vol pour Roissy décolle à 11h00 heure française, 12h00 heure lettone. J'ai donc plus de cinq heures à tuer. L'attente va être relativement longue. Je décide de me payer un café et un croissant pour tenir le coup... Outch ! Cinq Euros ! C'est cher... Bon, tant pis, j'en ai besoin.

Après mon café je me dirige vers la porte B6 avec la ferme intention d'y dormir un peu. Je m'installe comme je peux et veux me mettre de la musique dans les oreilles. Damned, mon téléphone/lecteur mp3/appareil photo/caméra vidéo/PDA/console de jeux/clé USB est presque vide. Mon PC étant presque vide aussi, il ne me reste que mon bouquin.

A ce moment là, une jeune fille que j'ai vu à l'embarquement à Tachkent me voit, me sourit et me demande dans un très bon français : "Excusez moi, est ce qu'il y a un endroit pour fumer ici ?"

Je lui réponds que je n'en sais rien mais vu qu'on est en Europe, ça m'étonnerait. Je lui dis ce qui m'est arrivé et comment j'ai fait et lui propose de me confier ses bagages. Elle accepte. Un quart d'heure après, elle revient. Ça marche.

Du coup, on se fait mutuellement confiance et ça nous permet de nous balader pendant les heures d'attente sans nous trimballer les sacs et manteaux : bien pratique comme arrangement : elle garde mes bagages, je surveille les siens quand chacun de nous s'absente. Elle s'appelle Lemara, elle est tatare (une ethnie centre-asiatique, très caucasienne - comme les européens) et fait ses étude en France, à La Rochelle.

Les heures passent et à 12h00, avec presque une heure de retard, on embarque.

11h30 : décollage.

14h00 : atterrissage à Roissy.

J'envoie un SMS à deux amis pour leur dire que je n'ai plus de batterie mais que je serai à la Gare de Lyon entre 17h00 et 18h00. Le SMS part mais le téléphone s'éteint tout de suite après.

14h30 : bagage récupéré

15h00 : repas avec Lemara à la gare TGV de Roissy et on se quitte là.

16h30 : Départ pour la Gare de Lyon d'où mon TGV doit partir à 20h00.

17h30 : Arrivée à Gare de Lyon.

Je veux appeler mes copains mais mon téléphone refuse de se rallumer. Tant pis. Je me cale dans la salle d'attente et espère les voir quand même. J'ai peu d'espoirs parce que vu le monde qu'il y a, autant chercher une aiguille dans un hangar de meules de foin. En plus, je ne sais même pas s'ils ont eu le SMS.

20h00 : je monte dans le TGV.

Je m'installe, met le téléphone à charger et appelle ma famille puis les copains. Je tombe sur lui qui me dit qu'ils sont venus mais ne m'ont pas trouvé... Dommage ! En même temps, c'est un peu normal !

23h30 : arrivé à la Gare Saint-Charles.

00h00 : à la maison. Enfin ! Je me pose.

Voila mon voyage !

Je prévoyais un voyage familial et touristique. Je n'ai fait que très peu de tourisme mais le voyage dans son ensemble m'a conquis et retourné.

L'Ouzbékistan n'est pas un "beau" pays en tant que tel mais l'accueil des Ouzbek, le côté historique et la connaissance (enfin) de ma belle famille en ont fait un voyage exceptionnel.

Ce pays m'a envouté ! Quelqu'un a dit un jour "Le meilleur des hommes n'est pas dans leur possession". C'est parfaitement vrai et très juste.

A plusieurs reprise, j'ai dit que ce voyage est initiatique : d'où le titre du sujet. Il est initiatique parce qu'il m'a permis de me rendre compte de ce qu'il se passe ailleurs. Il m'a permis d'en savoir plus sur moi et moi qui pensait être un garçon ouvert, je me rends compte que je le suis, mais que j'ai encore d'énormes progrès à faire. Enfin, je crois que tout ce qu'on pouvait faire de travers pour gâcher le voyage a été fait et malgré ça, ce fut un vrai beau et grand voyage.

Ce voyage me permet de mieux comprendre mon épouse : vivre avec quelqu'un d'une autre culture, d'un autre milieu, c'est souvent très dur même si c'est extraordinaire.

Je sais que je n'en ai pas fini avec la terre Ouzbek...

Je ne sais pas quand...

Je ne sais pas dans quelles circonstances...

Mais il y en aura une.

Enfin, j'engage tous ceux d'entre vous qui n'ont pas peur de quitter, ne serait ce que pour un temps, leur confort occidental à aller faire un tour par là bas, et si possible en rapport avec des Ouzbek.

C'est la source d'une richesse incommensurable, humainement, historiquement et culturellement.

Je vous remercie de m'avoir lu jusqu'au bout et j'espère vous avoir transmis un peu de ce que j'ai vécu.

Le monde est beau : protégeons le !